‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 170 sur 553 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

i7îi

sur le bord du carquois de la Nymphe, porte non seulement la signature complète de Rubens, mais une date dont le dernier chiffre à demi effacé est très probablement un 3 : i6i3. Étendue sur le gazon semé çà et là de trèfles et de plantes variées, la jeune fille un peu inquiète observe avec une curiosité soupçonneuse la singulière compagne qui, sous les traits de Diane, caresse amoureusement son visage. 11 faut, il est vrai, une complaisance toute mvthologique pour se méprendre à l’expression de ces traits virils, et l’artiste, d’ailleurs, afin d’expliquer avec toute la précision possible, ce sujet assez étrange, non content de donner au maître de l’Olympe des carnations bistrées qui contrastent avec la blancheur éclatante de Calisto, a placé à côté de lui son aigle frémissant, témoin coutumier de pareilles aventures. Un peu mou de dessin, sans grande distinction de formes, le corps de la Nvmphe posé sur une draperie pourpre est modelé en plein soleil ; mais des reflets nacrés atténuent un peu ce que l’opposition de ces chairs lumineuses avec les colorations très intenses du paysage pourrait avoir d’excessif.

C’est aussi au musée de Cassel que nous trouvons un autre tableau signé du nom de Rubens et daté de 1614, une Fuite en Égypte ( i) inspirée par une composition d’Elsheimer. Au milieu de la nuit qui de toutes parts entoure les fugitifs, la lumière très habilement ménagée semble émaner du divin enfant et, parmi ces ténèbres, éclaire de son rayonnement le visage de la Vierge. Cette fuite mystérieuse, cette pauvre famille perdue dans un pavs inconnu et plein de pièges, la noblesse des traits de la Vierge, la largeur du parti unie à la finesse de l’exécution, la mystérieuse poésie du paysage, tout s’accorde pour faire de ce gracieux ouvrage une des meilleures productions du maître à cette époque.

Même signature encore et même date sur la Suzanne et les Vieillards du musée de Stockholm, une composition à laquelle Rubens reviendra plus d’une fois, ainsi que sur un autre tableau du musée d’Anvers, Vénus refroidie, qui nous montre à l’entrée d’une grotte humide, sous un jour sombre, la déesse accroupie, frissonnante et à côté d’elle l’Amour tristement assis sur son carquois [2). Tous deu.x semblent transis de Iroid et l’enfant cherche à se réchauffer en tirant à lui un pan de l’étoffe légère

1, Le Louvre en possède une copie ancienne avec quelques légères variantes.

2 C’est le même carquois que nous avons déjà signalé dans Jupiter et Calisto, et que nous retrouverons encore dans le Saint Sébastien du musée de Berlin dont nous parlons plus loin.

Page 1