‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 171 sur 553 · LA MAISON PLANTIN · texte numérisé non relu

LA MAISON PLANTIN

qui ne protège que bien imparfaitement sa mère. A coté d’eux, un Satyre velu et rougeaud, endurci à toutes les intempéries, se rit de la misère de ces deux frileux et leur offre par dérision des fruits et des épis de blé. Les figures, traitées d’une touche facile et moelleuse, présentent des contours moins secs, plus enveloppés que dans les œuvres précédentes.

Bien qu’elles ne soient pas signées du nom de Rubens, deux autres peintures doivent également être rapportées à cette époque, à raison des documents positifs que nous possédons sur elles. La première était destinée au monument funéraire élevé par la veuve de Jean Moretus à la mémoire de son mari, mort le 22 septembre 1610. Moretus (en flamand : Moerentorf) était le gendre de Christophe Plantin, créateur de la célèbre imprimerie qui porte son nom. Tous ceux qui ont visité Anvers conservent le souvenir du curieux musée établi dans les bâtiments mêmes où elle était installée et dont l’intelligence et le zèle dévoué de son conservateur, M. Max Rooses, ont fait un monument unique en son genre ( i ). Dans le cadre pittoresque des constructions successivement occupées par cette imprimerie, au milieu de cette cour qu’un cep de vigne séculaire enguirlande de ses capricieux festons, dans ces chambres ornées d’objets d’art, dans cette boutique vénérable encore garnie de son comptoir, de ses balances et de ses livres de comptes, dans ces divers locaux réservés aux presses, au bureau des correcteurs, à la collection des caractères et à la bibliothèque, il semble qu’on voie revivre un des côtés les plus intéressants du passé de la vieille Cité et de son activité intellectuelle. Christophe Plantin, le fondateur de la maison, était, on le sait, originaire de la Touraine, où il naquit entre i5i8 et iSaS. Après une existence assez nomade, il s’était établi à Anvers, d’abord comme relieur et fabricant d’objets en marqueterie de cuir. Mais il rêvait d’une profession mieux en rapport avec ses goûts distingués, et il s’était fait libraire. Un moment suspect d’hérésie, il rentrait bientôt en grâce auprès des gouvernants, et, outre l’impression des livres liturgiques dont il obtenait le privilège en iSyo, il commençait à publier les belles éditions de livres de toute sorte qui ont illustré son nom. A sa mort en 1 58g, un de ses gendres, Jean Moretus, et

!i) Nous empruntons aux excellentes publications de M. Max Rooses : Christophe Plantin, imprimeur anversois; Titres et portraits gravés d'après Rubens pour l'imprimerie Plantinienne ; Catalogue du Musée Plantin, etc., les indications qui suivent sur les rapports de Rubens avec les chefs de l’imprimerie Plantinienne.

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