II
Romiiliis cl Rémiis allaités par la Louve, peint suivant toute vraisemblance pour quelque amateur italien, car, depuis longtemps, ce tableau, qui fait aujourd'hui partie du musée du Capitole, se trouve en Italie. En donnant libre carrière à son imagination, Rubens a tiré de la légende un
autre tableau d’un genre tout différent, inspiré aussi par l’antiquité, œuvre pleine de grâce et de poésie. Étendus par terre sur un linge blanc, les deux enfants, entièrement nus, sont couchés près de la louve qui les a nourris. Ils sontdélicieux de souplesse et de fraîcheur, ces deux bambins, avec leurs visages vermeils, leurs chairs pote-, lées, leurs chevelures d’un blond doré. L’artiste d’ailleurs ne les a entourés que d’images aimables. Dans les branches du liguier, sous l'azur d’un ciel où llottent quelques nuages blancs, deux autres pics se becquètent avec amour; des plantes variées, toutes reconnaissables : des roseaux, des trèfles, des chardons, garnissent les bords d’une eau tranquille ; des feuilles de nénufar s’étalent à sa surface et à travers sa profondeur transparente nagent un brochet et une anguille ; sur la berge même, se voient des coquilles variées, un escargot et un petit crabe. Tous ces détails — indiqués à peu de frais, à l'aide de quelques rehauts appliqués avec justesse sur le ton moyen des objets — ajoutent au charme de la composition et manifestent la vij'tuosité magistrale d'un pinceau qui semble se jouer dans cette œuvre à la fois très originale et très \ ivante.
La l-'able permet au talent de Rubens de se mouvoir en pleine liberté, et si, en traitant les sujets qu’elle lui fournit, les réminiscences des
TABLEAUX MYTHOLOGIQUES
maîtres italiens qu’il a étudiés lui reviennent en foule à l’esprit, elles se transforment naturellement pour prendre, sous son pinceau, une tournure plus pittoresque et bien flamande. Tel est, en eflfet, le caractère d’un épisode qui bien souvent avait tenté ses prédécesseurs et auquel.