CHAPITRE X
faisait représenter par un de ses compatriotes fixé à Anvers, Andrea Picheneotti, comme parrain de l’enfant qui recevait le prénom de Nicolas. Cet accroissement de famille mettait à la disposition du grand artiste de gracieux modèles dont il ne se faisait pas faute de profiter. Il avait toujours aimé à peindre les enfants, et même avant d’avoir les siens sous les veux, il se plaisait à en introduire dans ses compositions ou même à en faire l’objet principal de plusieurs de ses tableaux. Celui que possède le musée de Vienne, VEnfant Jésus jouant avec Saint Jean-Baptiste, nous montre avec quelle grâce Rubens excellait à rendre la souplesse de leurs corps, la gaucherie naïve de leurs gestes, la vivacité et l’innocence de leurs phvsionomies. Le charme de ces aimables peintures explique assez l’accueil que leur fit le public et les nombreuses répétitions ou ^ariantes qui sont sorties de l’atelier du maître.
Avec les facilités d’observation que lui fournissaient ses propres enfants, en assistant à leurs jeux ou en saisissant sur le vif le premier éveil de leurs sentiments, Rubens ajoutait encore à l’intérêt et à la valeur des œuvres où il plaçait leur image. Aussi, les types bien connus d’Albert et de Nicolas et leur âge apparent dans ces œuvres nous permettent d’assigner une date approximative à l’exécution des tableaux où ils figurent. C’est ainsi que nous voyons la Vierge et l’Enfant Jésus emprunter les traits d’Isabelle Brant et de son fils aîné sur l’un des volets d’un triptvque peint vers i6i8 pour le monument funéraire d’un négociant d’Anvers, Jean Michielsen (i), monument dont la touchante composition, connue sous le nom de Christ à la paille, occupe le panneau central.
Une étude du musée de Berlin, très largement brossée en pleine pâte par Rubens, nous montre son plus jeune fils Nicolas, de profil et en chemisette, un blondin aux joues vermeilles et aux longs cheveux bouclés, ayant au cou un collier de perles et de coraux et tenant dans sa main potelée le fil auquel est attaché un petit perroquet verdâtre. La Sainte Famille dite au Berceau, exposée au palais Pitti, nous offre les deux frères, l’un en Enfant Jésus, l’autre en Saint Jean, se caressant sous les yeux de leur mère, tandis que dans Sainte Anne et Saint Joseph, nous reconnaissons deux visages qui nous sont déjà familiers, peut-être
I II appartient aujourd'hui au Musée d’.\nvers (Voir p. 232 et 2.33).
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