‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 213 sur 553 · ŒUVRES DE CETTE EPOQUE · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE CETTE EPOQUE

les parents d’Isabelle. Ce sont encore ses deux fils que le maître a peints dans la Madone de la Pinacothèque de Munich que nous avons déjà signalée et autour de laquelle Brueghel de Velours, avec sa finesse habituelle, a tressé en couronne de gracieuses fleurettes. Une autre composition du même genre et de la même époque, qui appartient également à la Pinacothèque, nous montre cette fois les deux enfants portant avec cinq autres bambins, nus comme eux, une lourde guirlande de fruits dus à l’habile et vaillant pinceau de Snyders — des prunes, des cerises, des poires, des figues, avec ces raisins, d’un vert acide, que le pâle soleil des Flandres est impuissant à colorer. C’est comme en se jouant que Rubens a modelé les corps souples et potelés de ces marmots, qui, avec leurs mines espiègles et réjouies, semblent tout fiers du fardeau sous lequel ils ploient.

Enfin, au musée de Casse!, nous retrouvons encore une lois les deux fils de l’artiste, ainsi que sa femme, dans une composition plus importante peinte vers 1620 : la Vierge et l’Enfant Jésus recevant les hommages de plusieurs saints, assurément une des meilleures productions de Rubens à cette époque. La beauté décorative de l’ordonnance s’y allie à une harmonie à la fois très riche et très puissante. Groupés suivant une ligne heureusement mouvementée, des saints aux visages énergiques : Saint Dominique, Saint François d’Assise, Saint Augustin, Saint Georges avec son étendard, et, tout proche du trône où est assise la Vierge, le roi David et le Fils prodigue à demi agenouillé à ses pieds, se pressent autour d’elle, unis dans leur fervente adoration, tandis que Marie-Madeleine, respectueusement inclinée et cachant de ses mains sa poitrine avec un geste pudique, lève vers le petit Jésus son visage suppliant et ses yeux baignés de larmes. Ainsi que le remarque M. Eisenmann, dans le catalogue du musée de Cassel, il est possible que van Dyck ait collaboré à cette toile dont la partie supérieure, avec ses types d’une finesse plus élégante, ses colorations plus montées et son exécution plus fondue, révèle ces préoccupations vénitiennes qui, par une sorte de prescience, hantaient déjà le jeune artiste avant son départ pour l’Italie. Mais, en tout cas, Rubens a certainement retouché pour le faire complètement sien tout ce tableau ; lui seul a peint la Vierge, les deux enfants et Madeleine; lui seul était capable à cette date d’exécuter cet ensemble d’un parti si magistral et d’une couleur si brillante. Peut-être, d’ailleurs.

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