CHAPITRE X
épaisses et rougies de sang ; plus loin, un trou béant, d’un noir profond, où sont entassés des corps livides. A l’horizon, la silhouette d’une ville qui brûle ; à droite, le pêle-mêle ahuri d’une fuite sous un ciel tourmenté, d’un bleu violent et dans lequel roulent de gros nuages blancs.
Des tourbillons de poussière, de flammes ou de fumées se mêlent aux nuées d’orage. Partout le tumulte des éléments s’ajoute aux fureurs du combat, et dans ce désordre un art accompli a mis en évidence les détails les plus expressifs, mais subordonnés à la parfaite unité de l’aspect. Quant à la .touche, tour à tour caressante ou ferme, toujours intelligente, elle montre la docilité de cette main incomparable, guidée par cet esprit alerte et posé qui fait conspirer tous les moyens d’action dont il dispose à la complète expression de sa pensée.
La facilité avec laquelle Rubens passe d’un sujet à l’autre n’est pas moins surprenante, l^ne œuvre pleine de couleur et de mouvement, comme la Bataille des Amazones, succède à une œuvre grave et monochrome comme la Communion de Sai)it François, et dans toutes deux il fait preuve d’une égale convenance. Au lieu d’épuiser sa fécondité, il semble que cette diversité extrême soit pour lui un délassement. Elle stimule en tout cas sa verve, et dans son incessant labeur on chercherait en vain quelque trace de fatigue. A chaque fois, il se renouvelle, et, sans se laisser jamais enfermer dans la redite de formes ou d’harmonies convenues, tour à tour il imagine les combinaisons les plus variées. L’inté-