‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 236 sur 553 · FÉCONDITÉ DE RUBENS · texte numérisé non relu

FÉCONDITÉ DE RUBENS

tapis d’Orient s’étend sous leurs pieds, et au-dessus, flotte entre les colonnes une épaisse draperie sur laquelle sont brodées en relief les armes de la famille. Comme perspective, un ciel gris bleu, pâle, et un vaste horizon de campagne, au milieu duquel s’élève le château seigneurial. Une lettre écrite d’Anvers au comte d’Arundel, le 17 juillet 1620, par un de ses agents, nous apprend que Rubens, bien qu’accablé de besogne à ce moment, avait accepté de faire le portrait du comte, qu’il regardait « comme un évangéliste pour le monde de l’art et comme un grand protecteur des artistes ». Dès le lendemain de ce jour, il faisait un croquis d’après la comtesse, son chien, son fou et « son nain Robin » (i j ; mais quand il voulut les transporter sur une toile, il n’en trouva pas qui fut de dimensions suffisantes. Il fallut donc ajourner l’exécution jusqu’à ce que cette toile fût montée sur châssis. La comtesse qui partait le lendemain pour Bruxelles, revint-elle ensuite à Anvers pour y donner séance à Rubens, ou, ce qui paraît plus probable, ce dernier s’est-il contenté, pour la peindre, du croquis qu’il avait fait d’après elle ? A en juger, par l’exécution assez timide du visage de la dame, il semble que l’artiste n’ait pas eu sous les yeux son modèle pour terminer son œuvre. Quant au comte, à ce moment en Angleterre, sa figure, un peu effacée d’ailleurs, a été ajoutée après coup, sans doute pendant le séjour que Rubens fit plus tard à Londres. On possède, en effet, une étude à la pierre noire et à la sanguine (collection du comte Duchastel-Dandelot), ainsi que deux autres portraits en buste (Castle-Howard et Warwick-Castle), exécutés à ce moment par le maître d’après le comte d’Arundel. Quoi qu’il en soit, si les têtes n’ont pas dans la grande toile de Munich le caractère frappant d’individualité que Rubens donne d’habitude à ses personnages, l’œuvre du moins offre au plus haut degré le goût et l’ampleur décorative qui convenaient à un ouvrage de ce genre. Elle témoigne à la fois du talent de l’auteur, et du désir qu’il avait de satisfaire l’amateur distingué dont il devait plus tard admirer et étudier avec tant de plaisir les belles collections.

Le nombre et l’importance de ces divers travaux attestent l’inépuisable fécondité de Rubens pendant cette période de production, qui corres-

(i) Ce dernier croquis que nous reproduisons ici (p. 2S7) appartient aujourd’hui au Musée de Stockholm; des notations de la main de Rubens indiquent les diverses nuances du costume de Robin.

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