‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 235 sur 553 · ÉTUDE POUR LE NAIN DU PORTRAIT DE LA COMTESSE D ’ARUNDEL · texte numérisé non relu

ÉTUDE POUR LE NAIN DU PORTRAIT DE LA COMTESSE D ’ARUNDEL

(Cabinet de Stockholm).

semblerait qu’en couvrant à peine son panneau d’un léger frottis, l’artiste ait tenu à conserver dans toute leur fraîcheur la pureté de son coloris et la spontanéité de son exécution. En même temps qu’un peu d’inconsistance provenant de la sobriété excessive de la matière, la peinture toute diaphane tire de cette sobriété même je ne sais quel charme de candeur et de grâce virginale qui justifie la réputation de l’œuvre. Rubens qui aimait cette figure naïve en a multiplié les images, dans un croquis à la pierre noire et à la sanguine, qui fait partie de la Collection de l’Albertine et dans plusieurs autres portraits comme celui de l’Ermitage et celui que le catalogue du Louvre indique comme représentant une Dame de la famille van Boonen (i). Exécuté quelques années après celui de la «National Gallery», l’exemplaire du Louvre est loin de valoir ce dernier. Les yeux démesurément grands ne sont pas d’ensemble, et la facture est par trop sommaire. L’extrême complaisance avec laquelle le maître a reproduit les traits de cette jeune fille a seule pu donner naissance à la dénomination de Maîtresse de Rubens qu’a également reçue le portrait de la « National Gallerv ». En réalité, la personne dont il s’agit ici, Suzanne Fourment, appartenait à une famille considérée d’Anvers avec laquelle l’artiste se trouvait dès lors en relations assez suivies; elle n’avait pas moins de six sœurs, mariées pour la plupart à des amis ou à des alliés de Rubens, et dont la dernière, nommée Hélène, devait devenir la seconde femme du grand artiste.

Un autre portrait, celui du comte et de la comtesse Thomas d’Arundel, à la Pinacothèque de Munich, est par ses dimensions (2m.6i sur 2 m. 65) le plus grand des ouvrages que le maître ait produits en ce genre. C’est un tableau d’apparat conçu pour donner l’idée de l’élégance et du luxe d’une des familles seigneuriales alors le plus en vue en Angleterre. Assise sous un porche un peu élevé, décoré de colonnes torses ornées elles-mêmes de bas-reliefs, la comtesse est vêtue d’une robe de satin noir assez décolletée. Une de ses mains est pendante, l’autre appuyée sur la tête d’un grand lévrier blanc tacheté de noir. A gauche, son fou habillé de soie jaune et verte; à droite, un nain dans un costume rouge vermillon brodé d’or, le faucon au poing; et un peu en arrière, debout comme eux, le comte, la main posée sur le dossier du fauteuil de son épouse. Un grand

(1) Le véritable nom est Boonem; l'inventaire fait après la mort de Rubens ne compte pas moins de sept portraits de cette même personne, tous peints avant le décès d'Isabelle Brant.

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