CHAPITRE XI
d’après des planches choisies des meilleurs interprètes de Rubens (i).
De bonne heure, les maîtres de la peinture ont été préoccupés de l’honneur et du profit que pouvait leur rapporter la reproduction de leurs œuvres. Beaucoup d’entre eux les ont gravées eux-mêmes et tous ceux qui l’ont fait ont su manifester également sous cette forme leurs facultés créatrices en pliant à leur usage les procédés auxquels ils devaient recourir. C’est à des peintres tels que Mantegna, Lucas de Leyde, Schongauer, Albert Durer, Claude Lorrain et Rembrandt que l’art de la gravure est redevable de ses productions les plus originales et les plus dignes d’être admirées. D’autres, comme Raphaël, Titien, Véronèse, sans manier eux-mêmes la pointe ou le burin, ont su, par les conseils et la direction qu’ils ont donnés à leurs interprètes, obtenir d’eux une traduction très fidèle de leurs œuvres.
Rubens était trop intelligent pour ne pas comprendre à quel point des graveurs habiles pouvaient servir sa réputation, et trop avisé pour ne pas utiliser un pareil concours. De bonne heure, il avait vu ses propres maîtres confier aux éditeurs alors en renom le soin de faire reproduire leurs tableaux ou les dessins qu’ils exécutaient pour des livres illustrés. Déjà, chez Octave van Veen surtout, il avait pu rencontrer des graveurs avec lesquels il allait plus tard entrer en relation : Adrien et Jean Collaert, Egbert van Panderen, Ch. Malery et Gysbert van Veen, le frère même d’Octave. A Mantoue, bientôt après, des exemples encore mieux faits pour le toucher lui étaient proposés. La pratique des estampes de Mantegna l’avait familiarisé avec le style plein de force et de noblesse de ce grand artiste. L’école de gravure créée par Jules Romain à Mantoue y avait aussi laissé des traces et les grandes planches si librement, si largement traitées par G. Battista Scultor, par sa fille Diana et après eux par Giorgio Ghisi, ne pouvaient manquer d’attirer son attention. Pour satisfaire ses instincts de collectionneur, il avait aussi commencé à réunir quelques-unes des pièces des maîtres qu’il aimait le plus, notamment les gravures de Marc Antoine, d’après Raphaël, et les grandes compositions que Titien avait lui-même dessinées sur bois pour ses graveurs. Son goût se formait ainsi peu à peu, et à Rome même, en frayant, soit avec les artistes italiens, soit avec ceux de la
(i) 'Die ‘I{ubciissleclier -, in- |“, Vienne, iRq.t.