‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 244 sur 553 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

remarquer que ces subtilités étaient tout à fait dans le goût de l’époque. Les lettrés, comme les orateurs de la chaire, et particulièrement les Jésuites, dans leurs écrits et leur prédication, en donnaient l’exemple, et plus d’une fois, sans doute, Rubens n’a fait que se conformer aux programmes qu’ils lui traçaient. Tel est, du reste, le cas pour le frontispice mis en tête des Poésies latines, Èpigrammes et Poèmes des RR. PP. Bauhusius, Cabillavius et Malaperties, tous trois de la Compagnie de Jésus. Dans une lettre datée du P'" avril i865, le P. Bauhusius exprime à son éditeur le vif désir qu’il aurait de voir, suivant l’usage généralement admis, en tête de ce recueil quelques-unes de ces images qui, ainsi qu’il le dit lui-même, « sont à la fois une récréation pour le lecteur, un appât pour l’acheteur, et, sans augmenter beaucoup son prix, un ornement pour le livre ». Il sollicite donc à cet effet Moretus d’obtenir le concours de Rubens, qui, avec « son divin esprit », saura mieux que personne trouver ce qui convient. Le 12 octobre, revenant à la charge, Bauhusius propose lui-même de mettre dans ce frontispice « les Muses, Mnémosyne, Apollon, tout le Parnasse ». Moretus fait d’abord la sourde oreille; ses graveurs sont en ce moment trop occupés et les beaux caractères de l’impression, ainsi que les noms des auteurs, seront pour le public une recommandation suffisante. Cependant, dix-neuf ans après, Moretus cède au désir de Bauhusius, et Rubens, chargé de lui donner satisfaction, adopte le programme qu’on lui a tracé, mais avec une légère modification. « Autorisé par de nombreux exemples, écrit-il à Moretus en lui envoyant le dessin original, j’ai remplacé Mercure par une Muse, et je ne sais si mon idée vous plaira; quant à moi, je me réjouis, je dirais presque que je me félicite de mon invention. J’ai mis, notez-le bien, une plume sur la tête de la Muse, afin de la distinguer d’Apollon (i ). » Ce n’est pas seulement en France, on le voit, que régnaient alors l’afféterie et les raffinements du bel esprit.

Avec son talent facile, abondant, son esprit cultivé et son excellente mémoire, Rubens traduisait sans peine en images pittoresques les idées qui lui étaient proposées par les auteurs pour figurer dans ces frontispices. Dans son entourage, d’ailleurs, parmi ses relations les plus proches, il devait rencontrer de chaleureux encouragements pour persé-

(1) -Max Rooses : IJ’Œuvrc de Rubens-, V. p. 47.

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