‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 245 sur 553 · DESSINS POUR LA MAISON PLANTIN · texte numérisé non relu

DESSINS POUR LA MAISON PLANTIN

vérer dans cetîe voie, et plus d’une fois, sans doute, il a trouvé en son ami Gevaert un zélé collaborateur. Dans les nombreuses inscriptions funéraires ou laudatives dont le greffier de la ville d’Anvers s’était fait en quelque sorte une spécialité, nous constatons, en effet, cet abus d’antithèses, ces parallèles pompeux, ces jeux de mots et ces allitérations risquées, toute cette rhéthorique en vogue à cette époque et à laquelle Rubens payait lui-même un large tribut. Ce n’est assurément pas pour penser beaucoup à de pareilles commandes qu’il réclamait de Moretus des délais aussi prolongés, mais bien plutôt pour ne pas être distrait de l’exécution d’œuvres plus dignes de lui auxquelles il entendait se consacrer sans partage. Au milieu des soins innombrables qui remplissaient sa vie, il voulait conserver entière la liberté d’esprit nécessaire à l’accomplissement des tâches qui lui tenaient le plus au cœur. Il n’attachait probablement pas grande importance à ces dessins à peu près improvisés, faits à ses heures, en laissant courir sur le papier sa plume ou son crayon. S’il lui arrivait, une fois par hasard, d’en défendre l’ordonnance ou d’en discuter les détails avec les intéressés, il est permis de croire que c’était pour n’avoir plus à y revenir. Le plus souvent, du reste, il n’en recueillait que des louanges ; on ne tarissait pas en éloges sur son ingéniosité, sur son érudition, sur la finesse de ses allusions, sur la richesse et l’imprévu de ses idées, sur la force ou la grâce avec lesquelles il les exprimait. Si nous sommes aujourd’hui choqués par l’exubérance trop peu châtiée de ces ouvrages, il convient de rappeler qu’ils répondaient tout à fait au goût du temps et qu’ils justifiaient aux yeux de tous la supériorité de l’artiste. Iis contentaient, en tous cas, non seulement les lettrés et les connaisseurs, mais surtout son éditeur et les rapports suivis, toujours excellents, que l’imprimerie plantinienne entretint avec Rubens pendant toute sa vie, les instances réitérées avec lesquelles Moretus réclamait son concours le plus actif montrent assez le prix qu’il y attachait.

Sauf un très petit nombre de ces frontispices qui portent les noms de Jean Collaert, de Jacques de Bie et de Pontius, presque tous ont été gravés par les membres de la famille Galle, Théodore et les deux Corneille, le père et le fils. Rubens avait été de bonne heure en rapport avec eux. Dès son retour à Anvers, Corneille Galle, le père, avait exécuté d’après le tableau de Judith et Holopherne une grande planche que

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