‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 246 sur 553 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Rubens, nous le savons, dédiait à Jean van den Wouwere, en souvenir de la promesse qu’il lui en avait faite à Vérone. Avec cette planche, connue sous le nom de la Grande Judith, commence la série des épreu\es que Rubens lui-même a corrigées et dont le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale possède environ une centaine. Jusque-là, il n’avait que très rarement pris la peine de retoucher les gravures faites d’après les dessins qu’il livrait à l’imprimerie plantinienne, et les livres de comptes de cette maison ne portent, en effet, la mention de ces retouches que pour les figures du Traité d’Aguilon et du Sénèque de Juste Lipse. Mais il devait se montrer plus difficile pour les reproductions de ses peintures, et, outre une docilité absolue, il exigeait des artistes qui en étaient chargés toute la perfection dont ils étaient capables. Si remarquable que fût le travail de Corneille Galle — qui dans la Grande Judith se montre, pour la franchise du burin et la fidélité de la traduction, très supérieur à ce qu’il avait été dans ses ouvrages précédents — Rubens ne laisse pas de corriger avec le plus grand soin les épreuves de cette planche qui lui sont soumises. 11 renforce à larges traits de plume les ailes des petits anges, accentue fortement les ombres dans le modelé des formes opposées à la lumière, et à l’aide d’un peu de gouache, il met des reflets ou éclaircit des vigueurs qui lui paraissent trop intenses.

Bien que dans sa dédicace à Wouwerius, le maître lui présentât cette Judith comme la première en date des gravures faites d’après ses œuvres, en réalité, d’autres l’avaient précédée. Mais, peu satisfait des interprètes qu’il trouvait à Anvers, et qui lui semblaient animés par un esprit mercantile bien plutôt que par le désir de bien faire, il avait eu l’idée de s’adresser à des graveurs hollandais qui lui paraissaient apporter plus de conscience à leur travail. Instruits, la plupart à l’école de Goltzius, ceux-ci possédaient à fond les procédés de leur art, mais trop souvent, à l’exemple de leur maître, leur pratique tournait à la virtuosité. Cependant, contenus et dirigés par Rubens, W. Swanenburg dans la planche des Pèlerins d'Eminaüs, J. Matham dans celle de Samson et Dalila et surtout Jean Muller dans les Portraits de l’archiduc Albert et de la princesse Isabelle, montrent dans l’interprétration de ces peintures la plus respectueuse fidélité. Ce n’étaientpourtant là, à vrai dire, que des tentatives isolées et dont Rubens n’avait pas à tirer grand profit.

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