‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 248 sur 553 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

grand peintre y a mises. Rubens avait avec Soutman les rapports les plus affectueux, et il lui confiait la reproduction de quelques-uns des dessins qu’il avait faits en Italie d’après les chefs-d’œuvre des maîtres : la Cène de Léonard, une Vénus de Titien, etc. Formés à son école, plusieurs élèves de Soutman, tels que C. Visscher et J. Suyderhoef, continuèrent dignement ses traditions et gravèrent comme lui un assez grand nombre d’œuvres de Rubens.

Mais ce dernier allait trouver dans un autre Hollandais un interprète plus souple et plus fidèle, qui dans ses meilleurs ouvrages devait complètement le contenter (1). Lucas Vosterman, né en i5g5 à Bommel, dans la Gueldre, avait été probablement l’élève de Goltzius, et il était devenu de bonne heure très habile dans son art. Peut-être la ferveur de son catholicisme lui avait-il rendu difficile le séjour de sa patrie ; peut-être aussi Anvers l’attirait-il, comme pouvant offrir plus de ressources pour le développement de son talent et le placement de ses œuvres. Quoi qu’il en soit, nous savons qu’à la date du 28 août 1620 il recevait le droit de bourgeoisie dans cette ville, à l’effet d’y exercer la gravure et le commerce des estampes et que cette même année il était admis comme francmaître dans la Gilde. 11 s’y était marié l’année d’avant, le g avril i6ig, avec une jeune fille, sœur d’un imprimeur en taille-douce, Antoine Franckx, sous les presses duquel devaient passer quelques-unes de ses plus belles planches d’après Rubens, et le 17 janvier 1620, le grand peintre était parrain de son premier enfant, un fils, qui recevait les prénoms de Paul-Émile. Quel que fût jusque-là son savoir professionnel, Vorsterman, avant de travailler sous la direction de Rubens, n’avait encore produit aucune œuvre remarquable. Mais, au contact du maître, son talent allait subir une complète transformation. Sans avoir jamais manié le pinceau, il avait des instincts de coloriste qu’il devait bientôt utiliser dans son art et qui lui valurent le surnom de « peintre coloriste ». Rompu aux difficultés du métier, « il eut d’abord pour svstème, nous dit Sandrart, un genre très en faveur en ce temps-là et fondé sur la belle ordonnance du trait, de façon qu’une taille régulière et prolongée correspondît à une autre.... Sur les conseils de Rubens, ce fut à la manière des peintres qu’il

(1) Dans sa remarquable monographie de Vosterman (Bru.xelles, liigS), ]\I. Henri Hyraaiis nous a récemment donné un précieux complément de sa belle étude sur la Gravure dans l'École de RubeiiK. Nous avons largement mis à profit cet excellent travai'.

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