‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 249 sur 553 · LUCAS VORSTERMAN · texte numérisé non relu

LUCAS VORSTERMAN

s’attacha de préférence... s’appliquant surtout à garder une juste proportion entre les lumières, les demi-teintes, les ombres et les reflets ».

On peut penser qu’il n’était pas arrivé du premier coup à un pareil résultat et que, pour l’y amener, Rubens lui avait fait exécuter quelques travaux préparatoires afin d’assouplir sa main. C’est, sans doute, à cet eflFet qu’il avait choisi pour les lui faire graver plusieurs tableaux du vieux Brueghel, dont la facture très franche et très personnelle se prêtait le mieux à de pareils enseignements : la Rixe de Paysans dont Rubens avait fait une copie, et le Bâilleur qu’il possédait dans ses collections. Mais, sauf ces très rares exceptions, Vorsterman, àpartir de cette époque, se consacra exclusivement à la reproduction d’œuvres de Rubens. Une lettre écrite par ce dernier le 22 juin 1622 (i), à Pieter van Veen, pensionnaire de la ville de La Haye, nous renseigne sur les premiers de ces travaux. En tête, figure un Saint François d’ Assise recevant les Stigmates, d’après le tableau assez médiocre peint vers 1617 par le maître (Musée de Cologne) avec la participation trop évidente de ses élèves. Rubens signale cette gravure « comme un premier essai, traité avec quelque rudesse. » L’exécution sèche et un peu dure ne laisse pas d’être assez monotone, mais si les contrastes sont excessifs, l’exactitude et la correction parfaite du dessin témoignent des scrupules de l’interprète. Il y a moins de tension et les passages entre les noirs et les blancs sont mieux ménagés dans la Fuite de Loth que Rubens nous dit avoir été faite « dès le moment où le graveur commença à être auprès de lui ». Les progrès s’accusent de plus en plus dans les planches qu’il cite ensuite comme ayant été gravées d’après ses compositions : le Retour d’Égypte de la Sainte Famille, la Vierge embrassant l’Enfant Jésus « qui lui paraît un bon travail »; une Suzanne avec les vieillards qu’il classe « parmi les meilleures planches », et la Chute de Lucifer qu’il mentionne également comme « pas mal réussie ». Dans ces divers ouvrages, en gardant les mêmes scrupules de fidélité, Vorsterman montre plus de liberté et d’ampleur. Son burin caractérise mieux la manière et la touche même de Rubens et, grâce à la savante dégradation des teintes et à la souplesse des tailles, l’aspect des planches est devenu à la fois plus vivant et plus harmonieux.

(i) Elle appartient aux archives d’Anvers.

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