‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 26 sur 553 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

jeune imagination, il trouvait dans la lecture des livres saints des sujets d’édification ou des épisodes pittoresques très variés qui, consacrés par de longues traditions, lui apparaissaient comme toujours vivants. Dans le voyage qu’il fit en Hollande avec Sandrart, en 1627, Rubens lui racontait que dès son extrême jeunesse, il se plaisait à copier la plupart des illustrations d’une Bible publiée par Tobias Stimmer en iSyô, et qui jouissait à ce moment d’un grand succès (i). Plus d’une fois aussi, sans doute, aux jours des grandes fêtes, il avait pu contempler dans la grande cathédrale, ou à travers les rues de la ville, le développement magnifique de ces cortèges imposants et de ces processions dont, jusqu’à nos jours, le goût s’est conservé en Belgique, avec le personnel nombreux des officiants et des corporations groupées autour d’eux, avec le luxe de leurs dais, de leurs chapes tissues d’or et serties de pierres précieuses, avec le bariolage de leurs riches costumes et le pêlemêle des assistants pressés sur leur passage. Dans la vieille église, dépouillée, depuis le pillage de i566, de tous les tableaux qui faisaient autrefois sa parure, celui qui était appelé à orner bientôt ses murailles, d’œuvres bien autrement glorieuses, sentait s’éveiller en lui je ne sais quels vagues instincts de traduire par des images ces impressions radieuses de lumière et d’éclat qui, parmi les fumées de l’encens, « au son de ces orgues très parfaites », dont Guichardin vantait déjà les accords, développaient en lui le sens décoratif et le goût des mises en scène un peu théâtrales qu’il devait plus tard manifester dans ses œuvres. La ville elle-même, du reste, avec son animation quotidienne, lui montrait à chaque instant des aspects singulièrement pittoresques. Vue de l’autre rive de l’Escaut, elle étalait à ses regards la silhouette accidentée de ses pignons aigus et de ses nombreux monuments dominés par la tour de Notre-Dame, que saluaient de loin les marins revenant dans leur patrie. Des embarcations de formes et de couleurs variées sillonnaient en tous sens le large cours du fleuve, et sur les quais, près des grues qui débarquaient ou chargeaient des marchandises provenant du monde entier, au milieu des lourds camions attelés

(i) Kiinstliche Jiguren Historien bibliclier, Bâle, 1076. Rembrandt devait, lui aussi,

s’inspirer des compositions religieuses de Stimmer, et son inventaire nous apprend qu’une Histoire de Flavius Josèphe, également illustrée par Stimmer, était un des rares volumes qui formaient sa bibliothèque.

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