‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 27 sur 553 · VOCATION PRÉCOCE DE RUBENS · texte numérisé non relu

VOCATION PRÉCOCE DE RUBENS

des gros chevaux du pays, une foule affairée offrait le spectacle toujours changeant des types et des costumes les plus divers.

C'était là, 011 le conçoit, un milieu privilégié pour le futur peintre, et bien fait, assurément, pour stimuler sa précocevocation. Mais, avant de pouvoir se livrer à cette vocation, Rubens devait l’éprouver par d’assez longs retards. La petite famille vivait, en effet, dans une situation très gênée, toutes ses ressources ayant été épuisées par les sacrifices auxquels Maria Rubens avait consenti pour obtenir la libération de son mari. Après ces courtes années consacrées à l’éducation de ses fils, il lui avait fallu se séparer d’eux, car elle se trouvait hors d’état de subvenir désormais à leur entretien. Le testament fait par elle, avant le mariage de sa fille Blandine, à la date du 23 août îSgo, nous apprend qu’à ce moment ils l’avaient tous deux quittée pour essayer de se tirer d’affaire par euxmêmes. Philippe, à peine âgé de seize ans, était attaché comme secrétaire à Jean Richardot, alors conseiller d’État, et bientôt appelé à la présidence du conseil privé, à Bruxelles. Quant à Pierre-Paul, peut-être avaitil été question pour lui de se livrer à l’étude du droit; c’est, du moins, ce que rapporte Sandrart, d’après une indication qu’il tenait sans doute de Rubens lui-même (i) ; mais son extrême jeunesse ne lui permettant pas encore de trouver un emploi, il était entré comme page au service d’une princesse de la famille de Ligne, la veuve du comte Antoine de Lalaing, autrefois gouverneur d’Anvers. La bonne grâce et ia jolie tournure que devait avoir l’enfant — à en juger par le brillant cavalier qu’il fut plus tard --prévenaient en sa faveur. Mais, se trouvant en contact avec des jeunes gens destinés à une existence riche et oisive, il avait bien vite reconnu qu’il n’était pas fait pour une vie pareille, et ne pouvant, nous dit également Sandrart, « résister à la pression de son penchant qui le poussait vers la peinture, il obtint enfin de sa mère l’autorisation de s’y consacrer tout entier ». En voyant l’ardeur et ia raison prématurée de ce fils chéri, l’excellente femme avait cédé à son désir, heureuse, d’ailleurs, de le voir rentrer à son foyer.

Sans avoir repris son ancien éclat, l’école flamande était cependant redevenue florissante, et le mouvement artistique, autrefois disséminé à Bruges, Gand, Malines et Bruxelles, s’éîaitpeu à peu concentré à Anvers.

(i) J. de Sandrart : Academia mbiUssimæ artis pictoriæ. Nuremberg, i683, p. 282.

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