‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 295 sur 553 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

envoyés à Paris. Peiresc, à la date du P'" décembre, s’empresse de lui communiquer l’impression qu’ils ont produite sur ceux qui les ont vus ; « MM. de Loménie, de Fourcy, de Saint-Ambroise, de la Baroderie, Jacquin et Dunot, qui sont presque tous de ceux que le roi charge de l’inspection des travaux publics». Comme Peiresc avait été mis au courant par l’artiste du détail des sujets traités par celui-ci, il a pu leur expliquer ses intentions. D’autres personnes étant survenues, entre autres l’arche- \ êque de Paris, les spectateurs ont échangé entre eux leurs observations. Ils ont été unanimes à louer « la profonde connaissance des costumes antiques et l’exactitude avec laquelle ils ont été rendus, jusqu’aux clous des chaussures». Cependant plusieurs critiques ont étéfaites surlapose de certaines figures, notamment sur la façon dont leurs jambes sont arquées. Tout en défendant de son mieux son ami, par lequel il a entendu vanter « la belle courbure des jambes du Moïse de Florence et du Saint Paul », Peiresc lui écrit : « Si vous ne vous décidez pas, dans les tableaux de la galerie où vous aurez des jambes arquées, à chercher des poses naturelles, c’est une chose très certaine que vous retirerez peu de satisfaction, avant à compter ici avec des étourdis qui n’aiment pas ce qui contrarie leur sentiment. »

Nous ne possédons malheureusement pas la réponse faite par Rubens à ces observations. Mais Peiresc l’assurait aussitôt du plaisir qu’il avait eu à lire ses raisons, ajoutant : « Qu’il aurait soin de se servir des idées du peintre à sa première rencontre avec des critiques qui ne savent ce qu’ils disent ». De fait, le maître, dans la suite de son travail, ne tint aucun compte de remarques qui, il faut bien le reconnaître, étaient assez fondées. On peut, en effet, se convaincre de la disposition qu’avait Rubens à exagérer, chez certains de ses personnages, cette courbure des jambes qui n’est justifiable ni au point de vue de la correction, ni au point de vue du stvle. Non seulement on en trouverait maint exemple dans la série de VHistoire de Constantin, mais elle a persisté dans plusieurs compositions de la galerie de Médicis, notamment dans la figure d’Henri IV, soit dans le tableau du Portrait de la Reine, soit dans le Départ pour la guerre d'Allemagne. Malgré tout, les tapisseries de Constantin — dont notre Garde-Meuble possède deux suites complètes sortant d’ateliers différents — ont grande tournure et présentent dans leur ensemble un aspect très décoratif.

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