CHAPITRE XIII
trouvées « admirablement réussies ». Ainsi encouragé, Rubens était reparti dès qu’il l’avait pu, afin de poursuivre sa tâche. Quelque zèle qu’il y mît, on pense bien que sa prodigieuse activité lui permettait de mener de front d’autres occupations. C’est ainsi que, sans parler de sa correspondance, toujours très étendue, il trouve encore le temps de suffire aux nombreuses commandes de tableaux qui lui sont faites. Du reste, la sûreté et la prestesse de son travail sont telles que, dès le 12 septembre 1824, il peut écrire à M. de Valavès, le frère de Peiresc, qu’il espère avoir terminé les peintures de la galerie dans six semaines et le rencontrer à Paris quand il y viendra. Il pense également assister aux fêtes du mariage de la princesse Henriette de France avec Charles P"', alors prince de Galles, mariage qui devait avoir lieu vers le carnaval. Il avait d’ailleurs bien raison de se presser, car, peu après, il recevait l’ordre de se trouver à Paris avec tous ses tableaux, au plus tard le 4 février iÔ25. Comme si ce n’était pas encore assez de ce labeur excessif qui « fait de lui l’homme le plus occupé et le plus oppressé du monde », en même temps que l’abbé de Saint-Ambroise lui transmettait ces instructions, il y joignait « la mesure d’une pièce que le cardinal de Richelieu voudrait de sa main, laquelle lui déplaît n’être pas plus grande, car il n’a garde de manquer-à son service ». Cette fois, malgré toute son assiduité à sa tâche, Rubens était forcé de reconnaître qu’il ne pourrait être tout à fait prêt pour la date indiquée. Le plus prudent était donc, dès ce moment, de ne plus travailler aux tableaux, afin de les laisser sécher et de partir pour être à Paris à l’époque convenue, quitte à y achever ceux qui n’étaient pas terminés et à les retoucher tous sur place.
Dès son arrivée, l’artiste avait installé son atelier au Luxembourg (i). Il était ainsi mieux à portée, non seulement pour finir la grande toile du Couronnement de la Reine, dans laquelle figuraient de nombreux portraits de personnages de la cour, mais aussi pour exécuter une nouvelle composition destinée à remplacer celle de Marie de Médicis quittant Paris, qui faisait partie du programme primitif. L’esquisse de la Pinacothèque justifie assez cette exclusion et l’on s’était avisé un peu tard qu’il valait mieux supprimer un pareil épisode, dans lequel les génies de la Haine et de la Calomnie semant la discorde entre la mère et le fils, la Fureur,
(1) Il était accompagné de son élève Justus van Egmont, qui devait prolonger son séjour à Paris bien au delà du temps que son maitre y demeura.