‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 299 sur 553 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

c’était là un surcroît de besogne ajoutée à toute celle qui restait encore à faire. Fort heureusement, la date des fiançailles de la princesse Henriette, fixée aussi pour celle de l’inauguration de la Galerie se trouva retardée jusqu’au 8 mai ifiaS, et grâce à ce répit, Rubens pouvait espérer suffire à une tâche aussi considérable. Les conditions mêmes dans lesquelles il avait â l’exécuter étaient de nature à rebuter tout autre que lui. Nous apprenons, eri effet, par de Piles, « que la reyne Marie prenait un si grand plaisir à sa conversation, que, pendant tout le temps qu’il travailla aux deux tableaux qu’il a faits à Paris, de ceux qui sont dans la Galerie du Luxembourg, Sa Majesté était toujours derrière lui, autant charmée de l’entendre discourir que de le. voir peindre. Elle voulut un jour lui faire voir son cercle, afin qu’il jugeât de la beauté des dames de la cour et, les avant toutes regardées attentivement: « Il faut, dit-il, en montrant celle « qui lui paraissait la plus belle, que ce soit la princesse de Guéménée. » Ce l’était en effet, et sur ce que M. Bautru (i) lui demanda s’il la connaissait, il répondit qu’il n’avait jamais eu l’honneur de la voir et qu’il n’en avait parlé que sur ce qu’on lui avait dit de la beauté de cette princesse ».

A ces divers traits, on reconnaît l’homme du monde, délié, au courant des usages et sachant à l’occasion placer son mot. Si le plus souvent, absorbé par son travail, il n’écoutait que d’une oreille distraite les futilités qui se débitaient autour de lui, parfois, au contraire, il avait besoin de toute son attention, de toute sa présence d’esprit pour suivre la conversation et même, sans jamais en avoir l’air, pour l’amener sur les sujets qu’il voulait, afin de renseigner exactement la gouvernante des Flandres sur tout ce qu’il lui importait de savoir. A côté du peintre, en effet, le diplomate commençait à poindre chez Rubens. Dans la dernière lettre écrite par lui d’Anvers à M. de Valavès fio janvier lôaS), il a beau protester que «pour les affaires publiques il est l’homme le moins appassionné, sauves toujours ses bagues et sa personne; mais que, comme il estime tout le monde pour sa patrie, il croit que partout il serait le bienvenu »; ce sont lâ des assurances qu’il ne faut pas trop prendre à la lettre, puisque depuis un peu de temps déjà, il se mêle de politique. Les quelques mots qu’il ajoute en passant et comme sans y prendre garde, sur la situation

(i) Bautru, marquis de Séran, était un des familiers de la reine mère, avant de s’attacher à Richelieu, qui l’employa successivement dans plusieurs missions. Rubens devait, par la suite, le rencontrer plus d’une fois sur son chemin.

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