MISSION DIPLOMATIQUE DE RUBENS
de l’Europe, sur le siège de Bréda, mené par le marquis de Spinola avec une telle opiniâtreté « qu’il n’y a force qui puisse secourir la ville, tant elle est bien assiégée », tout cela est dit pour être redit, pour montrer l’inutilité qu’il y aurait de la part de la France à secourir les révoltés de Hollande et l’intérêt supérieur qu’elle trouverait, au contraire, à s’allier avec le roi d’Espagne. Rubens prépare à l’avance son terrain, et, sous le couvert de ces peintures dont il semble s’occuper exclusivement, il va pouvoir à son aise nouer des relations et s’entremettre activement dans les négociations auxquelles depuis quelque temps déjà il est mêlé.
Dès le 3o septembre 1628, l’infante Isabelle, « en considération de son mérite et des services qu’il a déjà rendus au roi », avait fait à Rubens une pension de dix thalers par mois, sur la citadelle d’Anvers, pension que plus tard Philippe IV portait à quarante thalers. Ces « services rendus au roi » remontaient déjà à quelques années. De la date même où Isabelle les récompensait, les archives royales de Bruxelles possèdent une lettre de Rubens adressée au chancelier Pecquius, au sujet de pourparlers relatifs au renouvellement de la trêve entre l’Espagne et les Pays-Bas, pourparlers entamés par l’entremise d’un personnage désigné sous le nom du Cattolico, et qui, en réalité, était un certain Jean Brant, le propre neveu du beaupère de Rubens. En ces temps troublés, à côté des agents attitrés chargés de la politique courante, bien des agents officieux proposaient aussi leurs services : les uns spontanément, par désir de s’employer pour le bien public, d’autres par intérêt et pour tirer un profit direct de leur intervention. Les souverains eux-mêmes, d’ailleurs, trouvaient expédient de recourir à ces intermédiaires, qui leur permettaient, sans craindre de se compromettre, d’essayer des combinaisons dontils étaient toujours à même de décliner la responsabilité. Plusieurs de ces agents, il est vrai, avaient été dans les derniers temps pris et mêgie assez violemment molestés, sans qu’il fût possible d’agir en leur faveur. C’est ainsi que cette année même (1624), pour avoir voulu s’interposer entre les Espagnols et les Hollandais, le propre confesseur de Rubens, le Père dominicain Michel Ophovius s’étant, sur de faux rapports, aventuré à Heusden, non seulenient y avait été incarcéré, mais avait failli payer de la vie son imprudence ( i ). Cependant, s’il y fallait désormais plus de circonspection, ce
(1) Pour le dédommager de cette disgrâce et pour reconnaître son dévouement, Ophovius avait été nommé évêque de Bois-le-Duc peu de temps après sa libération.