CHAPITRE PREMIER
peintre, — notice à laquelle de Piles emprunta les éléments de la biographie de ce dernier. A en croire les uns et les autres, Rubens serait né à Cologne en iSyy. Peu de temps avant la publication de de Piles, dans quelques lignes placées par C. de Bie au-dessous du portrait de l’artiste (1649), la ville d’Anvers était, au contraire, indiquée comme lui ayant donné le jour, et après de Bie, Bellori qui tenait aussi ses renseignements de la famille de Rubens, Moreri dans son grand Dictionnaire historique (1674), Sandrart dans son Académie (1675) et Baldinucci dans ses Notifie (1686) disaient également Rubens originaire d’Anvers. Ces deux courants d’affirmations contradictoires ont persisté presque jusqu’à nos jours, et avec cette manie de légendes absolument gratuites qui régnait dans la littérature artistique de la première moitié de ce siècle, des écrivains non seulement sont allés jusqu’à spécifier la maison de Cologne où Rubens serait né, mais, sans s’arrêter en si beau chemin, d’autres ont imaginé que c’était précisément dans cette maison que Marie de Médicis avait aussi fini ses jours. A leur instigation, une plaque commémorative fut même posée sur cette demeure doublement célèbre, afin de perpétuer le souvenir d’une si merveilleuse coïncidence.
11 n’y a pas lieu, du reste, de s’étonner de tant d’affirmations erronées. A l’origine, ces erreurs avaient été propagées par ceux-là mêmes qui se trouvaient le mieux placés pour connaître la vérité. Elles étaient volontaires et les motifs les plus nobles avaient inspiré le mensonge qui, pendant longtemps, devait trouver créance et provoquer parmi les biographes de Rubens de si nombreuses et de si ardentes controverses. Pareille à ces grands fleuves dont la source est ignorée, la vie du maître, éclatante et glorieuse dans son cours, restait pleine d’obscurité à ses débuts. Au lieu d’éclairer la question de ses origines, les siens semblaient avoir pris à tâche d’égarer l’opinion.
En 1877, au moment où la ville d’Anvers s’apprêtait à célébrer le trois centième anniversaire du plus illustre de ses enfants, la polémique suscitée à cet égard entre elle et Cologne s’était ranimée de plus belle, quand un modeste bourg de la région rhénane, Siegen, intervint pour réclamer, avec des titres sérieux, un honneur aussi vivement disputé. L’heure était mal choisie pour vérifier ces titres avec l’impartialité qu’il aurait fallu. Les Anversois ne pouvaient se résigner à la pensée que celui dont ils allaient fêter la naissance avec tant de solennité fût né sur une