LA FAMILLE DE RUBENS
terre étrangère. Si pénible que fût l’hypothèse qui se produisait de façon si inopportune, il fallut bien cependant l’examiner après les fêtes, et ce n’est qu’en défendant pied à pied leur terrain que les critiques anversois devaient capituler. Aujourd’hui encore, en présence d’arguments qui nous paraissent irréfutables, quelques-uns de ces critiques ne peuvent se résoudre à accepter des conclusions qui, en dehors des Flandres, sont généralement admises.
En réalité, la naissance de Rubens avait été accompagnée de circonstances dramatiques, plus romanesques que toutes les inventions de ses biographes et qui expliquent assez le mystère dont sa famille avait pris soin de l’envelopper. Quel intérêt ses proches avaient-ils à dépister ainsi les recherches, en prodiguant, comme à plaisir, les affirmations les plus mensongères ? C’est ce qui ressortira pour nos lecteurs du simple récit des faits, tel qu’il se dégage de documents positifs, exhumés peu à peu des archives. En même temps qu’il nous initie aux moeurs d’une époque singulièrement troublée, cet épisode de la vie des parents de Rubens nous apprend à bien connaître la femme héroïque qui fut la mère du grand artiste.
En dépit des prétentions nobiliaires affichées par les descendants immédiats de Rubens, sa famille appartenait à la bourgeoisie. Au lieu de ce gentilhomme styrien arrivé, disaient-ils, en Flandre, à la suite de Charles-Quint et qu’ils revendiquaient pour ancêtre, nous ne trouvons parmi leurs ascendants que des tanneurs, des droguistes, toute une lignée de modestes commerçants établis depuis longtemps à Anvers. Tout au plus pourrait-on relever sur cette liste quelque notaire ou quelque avocat, et c’est probablement l’un de ces derniers qui, suivant l’usage de ce temps, s’était confectionné un blason que plus tard le grand artiste devait, en le modifiant un peu, adopter pour ses armoiries. L’aïeul du peintre, Barthélemi Rubens, était apothicaire, et sa femme, Barbara Arents, devenue veuve, s’était remariée avec un épicier, Jean de Lantemeter, veuf lui-même. Bien que ce dernier eût déjà une fille et que trois autres enfants fussent nés de ce second mariage, il avait témoigné pour son beau-fils, Jean Rubens, la plus vive sollicitude et lui avait fait donner une éducation très soignée. Celui-ci, né à Anvers le i3 mars i53o, avait d’abord été élève à l’Université de Louvain ; puis il avait complété