CHAPITRE XIII
qu’en la négociation de la trêve, à quoy il ne peut donner que des couleurs et ombrages superficiels, sans corps ni fondement solide. »
Les circonstances étaient particulièrement délicates, et Rubens, en arrivant à Paris, avait bien vite reconnu que le plus sûr était de se concerter avec le baron de Vicq, afin de ne pas se contrecarrer mutuellement. Ainsi qu’il en informait l’Infante dans une longue lettre qu’il lui adressait le i5 mars lôaS, il rencontrait, en effet, des semblants de négociations déjà entamées par un certain de Bye, greffier des finances à Bruxelles. .Mais, à son avis du moins, il n’y avait rien à tenter à ce moment du côté de la France qui, croyant de son intérêt de s’opposer à la conclusion d’une trêve, ferait le possible pour entretenir les hostilités et amoindrir l’influence de l’Espagne en immobilisant ainsi ses ressources disponibles. S’excusant ensuite de parler, ainsi qu’il l’a fait, avec une entière franchise à la princesse, Rubens la prie de lui garder entièrement le secret, et à la fin, peu rassuré sur des divulgations possibles, il insiste même pour supplier l’Infante de brûler sa lettre.
Nous n’avons pas à suivre ici Rubens dans le détail compliqué des pourparlers au.xquels il allait se trouver amené pendant ce séjour à Paris, et il nous suffira de dégager de sa correspondance les traits qui nous paraissent le mieux caractériser sa conduite et ses sentiments. S’il n’est pas entré de lui-même dans les voies où, sur les instances de la gouvernante, nous voyons qu’il s’est engagé, la chose faite, il ne négligera rien pour se rendre utile et en même temps pour se pousser lui-même. Avec la conscience qu’il a de sa supériorité, il n’est pas habitué à rester au second plan ; mais, pour se faire valoir, il ne se prêtera jamais à une démarche peu correcte. Dans l’état de division où se trouvent alors les diverses nations de l’Europe, chacune d’elles doit se garder au moins autant de ses alliés que de ses ennemis. C’est à qui dupera le mieux ses voisins et tirera les plus gros avantages de ses défections. Les négociations se croisent donc, tortueuses, contradictoires, et au moment même où l’on traite avec une des parties, on accepte ou l’on fait sous main, à la partie adverse, des propositions absolument opposées. Avec son esprit sagace et pénétrant, Rubens démêle vite ce qui est essentiel et là où les autres s’égarent et suivent des pistes fausses, il ne se laisse pas distraire. 11 est parfois difficile, tant il met d’abnégation à servir ses maîtres, de découvrir quels sont ses propres sentiments. Mais, tout en se conformant