CHAPITRE XIII
permet de donner à des œuvres cependant bien diverses le caractère que chacune d’elles doit avoir. Autant le portrait de Marie de Médicis est souple, délicat dans ses colorations et fin de modelé, autant l’exécution du Portrait du baron de Vicq est ferme, pleine d’entrain et de décision. La touche est, en revanche, singulièrement habile et précieuse dans le petit tableau de la Fuite de Loth signé et daté de 1625 par le maître. La composition, il est vrai, semble un peu élémentaire, et les personnages s’v montrent juxtaposés plutôt que groupés, partageant le panneau en tranches verticales successives, de nuances un peu diaprées; mais les tons neutres, bleuâtres ou bruns, de l’architecture, du ciel et du paysage tempèrent ce bariolage et assurent heureusement l’harmonie de l’ensemble. Quant aux deux figures placées à chaque extrémité, celle de l’ange à chevelure blonde, et surtout celle de la jeune femme qui, d’un geste élégant, soutient une corbeille de fruits posée sur sa tête, elles sont toutes deux d’une grâce accomplie et traitées d’un pinceau aussi facile que spirituel.
Rubens, on le voit, accepte toutes les tâches, comme s’il se reposait de l’une par l’autre ; il v suffit, sans se presser jamais. A l’époque fixée, les tableaux de la galerie étaient terminés assez à temps pour que la princesse Henriette pût les voir avant son départ pour l’Angleterre, ainsi qu’elle en avait manifesté le désir. L’artiste, de son côté, assistait au mariage de cette princesse, qui avait lieu le ii mai lôaS à Notre-Dame. Deux jours après, écrivant de Paris à son ami Peiresc, il lui rend compte de l’accident dont il a failli être victime et dans lequel M. de Valavès, le frère de Peiresc, a été légèrement blessé. Afin de mieux voir la cérémonie, tous deux s’étaient placés sur une estrade réservée à la suite des ambassadeurs anglais. Mais le plancher s’étant effondré sous le poids des assistants, Rubens, qui se trouvait assis à l’extrémité de cette estrade et de celle qui était contiguë, avait pu à temps se maintenir sur cette dernière au moment de la chute, tandis que Valavès était précipité dans le vide avec une trentaine d’autres personnes. Aucune d’elles cependant n’avait reçu de blessure grave, et Rubens étant allé voir le malade, avait pu se convaincre que son état n’était nullement inquiétant. « Pour lui, il a quelques ennuis à propos de ses affaires personnelles, car il n’v a guère moyen de s’en occuper au milieu des agitations de la cour, sous peine d’être importun et indiscret \is-à-Ais de la reine. » Il aimerait cependant bien obtenir le règlement