CHAPITRE XIII
fois qu’il venait dans le palais, et il a témoigné toute la satisfaction que lui causaient les peintures, ainsi que l’ont rapporté les personnes présentes (i), notammentM.de Saint-Ambroise «qui, dans l’explication qu’il a donnée des sujets, en a imaginé des commentaires souvent très ingénieux, afin d’en masquer le véritable sens ». On avait, en particulier, fort approuvé le tableau de la Félicité de la Régence, fait pour remplacer celui de la Reine quittant Paris, la donnée de ce tableau étant d’un caractère très général et ne pouvant froisser personne. « Je crois, poursuit Rubens, que si, au lieu du programme tracé par la cour, on s’en était entièrement rapporté à moi pour le choix des sujets, on n’aurait eu à craindre ni scandale, ni commentaires équivoques; ce dont, écrit-il en marge, le cardinal s’est avisé un peu tard, et il était fort en peine, en voyant que les sujets nouvellement choisis étaient pris en mauvaise part. Je crains bien qu’à l’avenir, ajoute-t-il, je n’aie également des difficultés pour les sujets de l’autre galerie (celle d’Henri IV), et cependant, si on me laissait toute liberté, rien ne serait plus facile, la matière étant si abondante et si magnifique qu’elle prêterait à la décoration de dix galeries. Mais bien que je lui aie exposé par écrit mes vues à cet égard, le cardinal est si absorbé par les affaires de l’État, qu’il n’a pas trouvé le temps de me voir une seule fois. » Et, revenant plus, tard (2) sur cette difficulté qu’il avait éprouvée pour aborder le cardinal, Rubens ajoute : « J’en ai assez de cette cour; si je ne suis pas réglé avec la même ponctualité que j’ai montrée au service de la reine, il est bien possible, je vous le dis en confidence, que je ne remette plus ici les pieds, bien qu’à vrai dire je n’aie pas jusqu’ici à me plaindre de Sa Majesté, à cause des empêchements très réels qui excusent ces retards. Mais, en attendant, le temps passe, et, à mon grand dommage, je suis toujours hors de chez moi. »
On le voit, malgré l’intérêt qu’aurait eu Rubens à approcher le cardinal, non seulement il n’avait pu le joindre, mais, à travers ses paroles, on sent qu’il ne croyait pas pouvoir compter beaucoup sur sa bienveillance. La suite montra que ces prévisions étaient fondées, et il n’y a pas lieu de s’en étonner quand on pense que Richelieu, disposant d’une police très bien dressée, était au courant de ses menées. Il semblait même que, par
(i j Rubens était en ce moment retenu au logis, par suite d’une blessure qu’il s’était faite au pied.
(2; Lettre à Dupuy; 22 octobre 1626.