POURPARLERS AVEC BUCKINGHAM
un concours de circonstances tout à fait imprévu, Rubens, dans les derniers temps de son séjour à Paris, eût pris à tâche de justifier la surveillance et les préventions dont il était l’objet.
Le duc de Buckingham, en effet, venait d’être chargé par Charles U'’ d’aller chercher à Paris sa nouvelle épouse pour la lui conduire et, — ce qui semblerait indiquer qu’il était d’avance disposé à un accord avec la cour d’Espagne, — dès son arrivée à Paris, le 25 mai, il s’était abouché avec l’artiste. Suivant le témoignage formel de Piles, c’est même dans l’intention de s’entretenir avec lui de cette affaire, sans exciter aucun soupçon, que, durant le peu de jours qu’ils avaient l’un et l’autre à passer en France, Buckingham demandait à Rubens défaire son portrait. Après avoir pris de lui le vivant croquis que possède l’Albertine, le maître non seulement l’avait peint en buste, presque de face, mais, sur sa prière, il avait peint également de lui un grand portrait équestre, accompagné de figures allégoriques : la Renommée planant dans les airs, et, au fond, sur la mer, Neptune et Amphitrite avec des vaisseaux (i ). De ces deux images, la première est timide, la seconde raide et sans vie. Si désireux qu’il fût de satisfaire ce noble client, évidemment l’artiste n’avait pu donner toute son attention à ces deux ouvrages, car il lui fallait, au cours de leur exécution, peser soigneusement ses paroles et conserver le souvenir exact de ce qui lui étaitdit, pour le rapporter à l’Infante. Malgré tout, ce travail lui était très largement payé, car, outre une somme de 500 livres sterling qui lui fut donnée par le duc, il recevait encore de la cour de France une gratification de 2 000 écus d’or. Déplus, c’est probablement dès cette époque que Buckingham manifestait à Rubens l’intention de lui acheter ses collections, et il semble bien qu’en cherchant à les acquérir, il visât un double but : satisfaire ses propres goûts, et, du même coup, s’assurer les bonnes grâces de l’artiste en vue des négociations dans lesquelles celui-ci allait intervenir.
C’est également pendant ce séjour que, pour occuper ses loisirs, Rubens était allé à Fontainebleau visiter la collection des tableaux des rois de F rance, les Raphaël, les Michel Ange et les Léonard entre autres, qui étaient alors exposés dans cette résidence. Le cavalier Cassiano delPozzo, grand ami de Peiresc et de Rubens, — dans la relation de son voyage fait en 1625 à la
(i) Ce portrait appartient aujourd’hui au comte de Jersey.