CHAPITRE XIII
à Fontainebleau, que le maître copiait un des cartons de la Pompe Triomphale de Scipion par Jules Romain, et plusieurs fresques d’un artiste qu’il avait appris à connaître à Mantoue, le Primatice, dont la grâce et l’élégance un peu maniérées l’avaient complètement séduit? Nous ne saurions l’affirmer, car la collection de Jabach possédait alors les dessins de ces fresques aujourd’hui détruites et c’est peut-être à Paris, chez Jabach lui-même, que Rubens avait fait d’après ces dessins un croquis de V Enlèvement d’Hélène (aujourd’hui à l’Albertine), un autre du Ravissement d’Hylas par les Nymphes (il fut vendu en 1741 avec la collection de Crozat) et deux esquisses peintes d’après le plafond de Phébus et Diane sur leurs chars, toutes deux très vivement enlevées et entièrement de sa main (i).
Cependant, Rubens, voyant que les choses traînaient en longueur, se décidait à retourner en Flandre. Son voyage ne s’effectuait pas sans peine, car, n’ayant pu trouver de chevaux de poste aux environs de Paris,
11 avait dû continuer durant quatre relais « avec de pauvres bêtes à moitié mortes, en les faisant marcher seules, chassées en avant par les postillons qui s’étaient mis à pied, ainsi que font les muletiers ». Dès le
12 juin 1625, le soir même de son retour chez lui, il écrit en hâte à Peirésc que, la veille, à son arrivée à Bruxelles, il a cherché, mais en vain, à y voir l’Infante et que, dans l’espoir de la joindre à Anvers, il a gagné immédiatement cette ville, que la princesse elle-même venait de quitter, à six heures du matin, pour témoigner aux troupes tout son contentement, à la suite de la capitulation de Bréda. Rubens s’excuse d’ailleurs de ne pouvoir donner à son ami plus de détails, sa maison étant remplie d’une foule de parents et d’amis, accourus pour le féliciter au débotté.
Le règlement de ses affaires à Paris devait encore se prolonger, car, dans les lettres suivantes, il continue à se plaindre des nouveaux retards que, malgré des promesses formelles, on met à s’acquitter envers lui. Il était pourtant en droit de s’attendre à plus d’exactitude, ayant offert au trésorier d’Argouges, chargé de ce règlement, un grand tableau dont celuici a paru fort enchanté. N’était la façon magnifique avec laquelle il a été traité par le duc de Buckingham, le grand ouvrage exécuté pour la reine mère eût été fort onéreux pour lui, à cause des voyages et des séjours
1) Elles appartiennent, l’une à la collection du prince Liechtenstein, l’autre à celle de ■M. Léon Donnât. Nous en donnons une reproduction page 22g.
faits à Paris et dont il n’a reçu aucune indemnité. Il n’est pas plus heureux, du reste, avec le roi qu’avec la reine mère, car, dans une lettre ultérieure(i), il insiste sur la négligence qu’on apporte à lui payer « les cartons de tapisseries faits pour le service de Sa Majesté ». Une fois de plus, nous retrouvons ici la marque de cet esprit d’ordre qui est un des traits saillants du caractère de Rubens, Gomme il est lui-même d’une ponctualité extrême, il souffre de ne pas rencontrer cette qualité chez les autres, et il faut reconnaître que, dans ses rapports avec les grands, il devait bien souvent être exposé à des déceptions de ce genre.
Pour le moment, ce qui retient Rubens de se plaindre trop vivement de ces retards, c’est que la Galerie de Médicis étant terminée, il voudrait s’assurer la commande des peintures de la Galerie d’Henri IV, où il sent qu’ii aurait occasion de déployer son génie sans être assujetti aux contraintes qu’il vient de subir. Ces contraintes, en effet, ont lourdement pesé sur lui, et peut-être les abus de l’allégorie, à laquelle il était forcé de payer un si large tribut, expliquent-ils un peu l’indifférence relative avec laquelle on apprécie aujourd’hui une des œuvres capitales de l’artiste, sans tenir un compte suffisant des coiuditions dans lesquelles elle a été faite. Bien qu’il y ait lieu d’établir entre les divers tableaux qui la composent des distinctions nécessaires, on les juge en bloc et assez dédaigneusement. Ne conviendrait-il pas d’abord de remarquer, d’une manière générale, l’ampleur de conception, l’éclat et les qualités décoratives que Rubens a su montrer dans ce vaste ensemble? Puisqu’il ne lui était pas permis de choisir à son gré les épisodes qui auraient le mieux convenu à son talent, n’a-t-i! pas su, du moins, tirer le parti le plus pittoresque du programme assez ingrat auquel il devait se conformer?
En essayant de démêler entre ces différents ouvrages ceux qui donnent le plus complètement la mesure de son génie, nous négligerons volontiers quelques-unes de ces allégories pures dont les divinités mythologiques font tous les frais, comme les Parques filant la destinée de la Reine. la Naissance de Marie de Médicis, et son Éducation, dans laquelle Féübien a bien soin de nous signaler « ce jeune homme qui touche une basse de viole pour signifier comme on doit de bonne heure enseigner à mettre d’accord les passions de l’âme et, dès sa jeunesse, régler les actions
(0 A Valavès. 26 février 1626.