CHAPITRE XIII
de sa vie avec ordre et mesure ». Nous ne ferons aucune difficulté de confesser que, dans le Triomphe de la Vérité et V Assemblée des Dieux de l'Olympe, un spectateur non prévenu aurait quelque peine à reconnaître le Gouvernement de la Reine et son Entrevue avec son fils. Bien que Rubens eût à v représenter des événements plus positifs, nous ne goûtons pas davantage ce Voyage aux Ponts de Cé, travail d’élève, à peine retouché par le maître et dans lequel la reine, montée sur un cheval blanc, est assez ridiculement coiffée d’un grand casque empanaché; ni surtout cet Echange des deux Princesses, composition bizarre, où les figures symboliques de la France et de l’Espagne sont symétriquement disposées de part et d’autre. Élevée comme elle l’est au-dessus du sol, la scène affecte je ne sais quel air théâtral et semble une anticipation des divertissements chorégraphiques, réglés en l’honneur du grand Roi par ses maîtres de ballet. Mais peut-être la Réconciliation de la Reine avec son fils est-elle plus déplaisante encore. A voir ainsi, à côté de la reine entourée des cardinaux La \’alette et La Rochefoucauld, tous deux revêtus de la pourpre, Mercure entièrement nu, qui, d’un air galant, s’avance vers eux, porteur du rameau d’olivier, on dirait une véritable gageure, et la robuste carrure de ce gros garçon, assez vulgaire, rend plus sensible encore l’inconvenance d’un tel rapprochement.
Dans les figures allégoriques qu’il introduit avec si peu d’à-propos en de pareilles compositions, Rubens ne paraît jamais se préoccuper du style que la Renaissance et surtout l’antiquité ont su donner à ces types de beauté ou de force dans lesquels s’incarnaient pour elles les grâces ou les énergies de la nature. Bien qu’elles soient inspirées de l’Italie, les nudités du maître restent bien flamandes. Qu’il s’agisse de sujets mythologiques ou de sujets sacrés, il prend, sans y regarder de trop près, dans le fonds toujours disponible et vraiment inépuisable qu’il a sous la main, ces divinités fluviales aux carrures massives et aux carnations rougeâtres, ces Christs olvmpiens et ces belles filles épaisses et charnues qui, différenciées seulement par leurs attributs, représenteront tour à tour l’Abondance ou la Sagesse, Lucine ou une Nymphe des Eaux. Mais, si banales que soient ces figures, l’artiste leur donne le mouvement et la vie; il les voit et les fait agir et dans ce monde artificiel qu’il imagine avec une si merveilleuse fécondité, il anime de son souffle puissant tout ce qu’il touche. Voyez plutôt dans la Majorité de Louis XIII ces quatre gaillardes ramant
à qui mieux de leurs bras musculeux. N’étaient les écussons attachés audessous de chacune d’elles et qui, sous forme de rébus, nous apprennent qu’elles personnifient la Force, la Religion, la Bonne Foi et la Justice, ne croiriez-vous pas plutôt avoir sous les yeux quelques-unes de ces bate-