‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 344 sur 553 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

dans la Vieille an Couvet, de la galerie de Dresde, — il avait pris plaisir à rendre ces effets de lumière qu’Elsheimer, leur ami commun, venait de mettre à la mode et auxquels Rembrandt commençait à prêter la magique poésie de son pinceau. Afin de dérouter encore mieux les soupçons dont il pouvait être l’objet, Rubens avait même décidé Honthorst à l’accompagner dans les autres villes de la Hollande pour l’introduire chez les artistes avec lesquels celui-ci était en relations. Mais Honthorst s’étant excusé à cause de l’état de sa santé, Rubens, qui avait remarqué dans son atelier un Diogène avec sa lanterne dont son élève Sandrart était l’auteur, s’était fait présenter le jeune débutant pour le féliciter et l’avait emmené avec lui dans cette excursion qui dura quatorze jours. Flatté d’être ainsi distingué par un maître aussi renommé, Sandrart devait plus tard, dans sa Teiitsche Academie, recueillir avec une satisfaction manifeste les souvenirs de ce voyage fait en commun et dans lequel il avait, à son insu, servi à masquer les véritables desseins de son illustre compagnon. A l’en croire, Rubens, dont il loue l’aménité et la simplicité charmantes, n’aurait à ce moment parcouru la Hollande que pour y chercher une diversion au profond chagrin que lui causait la mort de sa femme, tandis qu’en réalité le grand artiste, rejoint à Delft, le 21 juillet,par Gerbier et par l’abbé Scaglia, l’envoyé du duc de Savoie en Angleterre, avait pu librement et sans que Sandrart s’en doutât, conférer en secret avec eux pendant huit jours sur l’objet de sa mission. Mais s’il était facile de leurrer un jeune homme inexpérimenté, il n’en allait pas de même avec les diplomates de profession. La venue du peintre de la cour d’Isabelle, dont ils étaient bien vite informés, avait excité leur curiosité, et l’ambassadeur de Venise, toujours aux aguets, ainsique celui de France, particulièrement intéressé à savoir ce qui pouvait se tramer contre son maître, avaient éventé le mystère. L’affaire avait même fait un tel bruit que Carleton dut apaiser l’émotion du prince d’Orange en lui donnant des explications propres à le rassurer. Ces pourparlers, d’ailleurs, ne pouvaient aboutir qu’aux A'agues protestations transmises par Rubens à l’égard des bonnes intentions de la cour d’Espagne, car les ordres formels de Philippe IV portaient qu’il ne fallait songer à conclure aucun engagement avant l’arrivée à Bruxelles de don Diego Messia qu’il envovait exprès de Madrid pour faire connaître ses volontés.

Rubens avait donc quitté la Hollande pour revenir à Anvers d’où il

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