CHAPITRE XV
Pacheco, qu’en si peu de temps et avec de si nombreuses occupations, Rubens ait pu autant produire. » Et cependant ces diverses peintures, pas plus que les conférences diplomatiques auxquelles le maître devait assister ne suffisaient à une activité telle que la sienne. Loin des siens, il a^•ait besoin d’employer de son mieux tous les moments qu’il pouvait dérober aux longues attentes et aux futiles divertissements qui trop souvent lui étaient imposés. Contraint de demeurer toujours à portée du roi, il a^•ait trouvé fort heureusement le moyen de mettre à profit ses moindres loisirs, en copiant, au palais même, les chefs-d’œuvre de Titien que Charles V et Philippe 11 y avaient réunis. Entre tous, Titien était son maître préféré. Déjà, pendant sa jeunesse, au début de son séjour en Italie, c’est le peintre de Cadore qu’il avait surtout admiré et, avec les années, cette admiration n’avait fait que grandir. Il comprenait désormais mieux encore toute la force de son génie et, sans parler des enseignements qu’il cojnptait tirer de ces copies dont il ne consentit jamais à se dessaisir, il semblerait qu’il voulût combler avec elles les vides laissés dans sa demeure par la vente de ses collections au duc de Buckingham. Outre les dix peintures originales de Titien qu’il possédait au moment de sa mort, il avait, au dire de Pacheco, copié toutes les toiles remarquables de ce maître qui se trouvaient alors à Madrid. Et ce n’étaient point là, ainsi que le fait observer avec raison M. Justi, de simples esquisses de petites dimensions, mais bien des copies de la grandeur des originaux, et aussi fidèles que son propre tempérament le permettait à Rubens. Poussé comme à son insu par son génie, tout en s’efforçant de reproduire consciencieusement ses modèles, il ajoutait malgré lui à leur ampleur, à leur mouvement, à leur éclat. Mises en regard des œuvres elles-mêmes, ces copies, par la chaleur et l’entrain de l’exécution, aussi bien que par la vivacité de leur coloris, témoignent de la joie que l’artiste a mise à les peindre.
On conçoit qu’absorbé comme il l’était par les séductions d’un pareil commerce, Rubens n’ait guère fréquenté les peintres espagnols. Un seul devait trouver grâce à ses yeux et c’était celui-là même auquel Philippe IV avait commis le soin de lui faire les honneurs de ses collections. Attaché depuis cinq ans au service du roi, Velâzquez était alors âgé de vingtneuf ans et il venait de voir sa faveur consacrée par son tableau de VKxpulsion des Morisques dont le brillant succès avait confondu ses