CHAPITRE XVI
vées ». Il ajoute que le cardinal de Richelieu, connaissant cette situation, se fait à Londres beaucoup de partisans par ses libéralités et que son émissaire Furston est chargé d’offrir au grand trésorier une somme considérable s’il veut entrer dans les vues du ministre français.
On comprend qu’en présence des lenteurs et des indécisions qui lui étaient opposées, Rubens ait senti plus d’une fois la patience lui échapper. Il n’était pas l’homme des situations ambiguës, et toutes les duplicités qu’il rencontrait sur son chemin étaient bien faites pour l’écœurer. Peut-être, lassé de ces tergiversations, s’était-il avancé un peu plus que n’aurait voulu Olivarès, et celui-ci lui aurait-ii laissé entendre un peu vivement dans une de ses lettres qu’il avait outrepassé ses instructions; toujours est-il qu’en lui répondant, Rubens, fort de sa conscience et de son honnêteté, « supplie qu’on le laisse retourner à Anvers ; non qu’il ne préfère toujours à ses intérêts le service de Sa Majesté; mais, voyant que, pour le moment, il n’a rien à faire à Londres, il trouve qu’un plus long séjour lui serait dommageable ». Si, avec le sentiment légitime de sa dignité, l’artiste n’a pu supporter de voir ses services méconnus, il allait bientôt recevoir comme dédommagement les témoignages les moins équivoques de satisfaction qui, à la suite de cet incident, lui furent prodigués de toutes parts. Apprenant qu’il voulait quitter l’Angleterre, Weston et Cottington écrivirent, en effet, à Olivarès pour se louer tous deux de l’habileté de Rubens et de son tact exquis. De son côté, Philippe IV chargeait sa tante de dire à son peintre « qu’il ne devait pas rompre la négociation confiée à sa prudence bien connue » ; enfin les membres de la Junte d’Espagne adressaient à deux reprises au négociateur des éloges et des remerciements pour le zèle et le dévouement dont il avait fait preuve.
Mais, en dépit d’assurances aussi flatteuses, Rubens sentait de jour en jour plus vivement l’ennui de perdre ainsi un temps qu’il aurait pu si bien employer. Avec son impérieux besoin d’activité, il mettait, du moins, à profit les instants de loisir dont il disposait, en peignant d’après la suite des cartons du Triomphe de Jules César par Mantegna, trois copies qui sont indiquées à son inventaire avec la mention : « impar- J ai les » et dont une seule, appartenant aujourd’hui à la National Gallery, nous a été conservée. Au temps de son séjour à Mantoue, il avait pu admirer ces compositions magistrales au Théâtre de cette ville, où elles