RELATIONS AVEC LES ÉRUDITS
étaient alors exposées. Cependant, en dépit de l’opinion généralement admise, ce n’est pas à Mantoue, croyons-nous, que Rubens exécuta ces copies, mais bien à la cour de Charles R'', qui, avec la galerie des Gonzague, venait d’acquérir les originaux. La liberté d’interprétation, le sens personnel et la sûreté facile de la facture qu’on remarque dans ces copies dénotent la pleine maturité de Rubens. C’est avec une entière indépendance, en effet, qu’il traduit en la modifiant l’œuvre de son illustre devancier, qu’il y supprime à son gré des figures, qu’il en ajoute d’autres comme répondant mieux à l’idée qu’il se fait de l’antiquité. A la pompe du triomphe, il joint ici la beauté du paysage où il l’encadre, le mouvement, le sens de la vie et toutes ces qualités pittoresques que bientôt il manifestera lui-même avec une ampleur merveilleuse dans l’ensemble des décorations imaginées pour l’Entrée solennelle de l’archiduc Ferdinand à Anvers.
Mais c’était là pour lui une bonne fortune trop rare, et pas plus qu’à Madrid, il ne trouvait à Londres d’artistes avec lesquels il aurait pu frayer. Chassés par les persécutions qui avaient ensanglanté les Flandres, les fabricants émigrés étaient venus, il est vrai, apporter à l’Angleterre le tribut de leur travail et avec la richesse croissante du pays, les rois et les grands seigneurs avaient pu attirer et retenir auprès d’eux un maître tel qu’Holbein ; mais, malgré les progrès du luxe, on ne pouvait citer après lui un autre nom de quelque importance. Des inconnus, comme les Horebout de Gand et les Geraert de Bruges, fournissaient à la couronne pendant deux générations ses peintres attitrés. Van Dyck, qui devait s’établir à Londres trois ans après, n’y avait encore fait qu’un court séjour en 1620 et, comme lui, G. Honthorst venu d’Utrecht, sur l’ordre du roi, l’année d’avant, était bientôt rentré dans sa patrie.
A défaut d’artistes, Rubens pouvait jouir à Londres de la société des érudits, et cette ville était, sous ce rapport, bien mieux partagée que Madrid. Il avait, sans doute, rencontré en Espagne « nombre de gens instruits, mais en général d’humeur un peu trop austère, à la façon des théologiens les plus sourcilleux »; il était, au contraire, émerveillé des trésors des collections anglaises. Ainsi qu’il l’écrivait à P. Dupuy (8 août 1629) : « l’île où je suis maintenant me paraît un théâtre bien digne de la curiosité d’un homme de goût, non seulement à cause de l’agrément du pays, de la beauté de la race, de la richesse de l’aspect extérieur