‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 386 sur 553 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

des plus grands amis et patrons que j’avais au monde, comme je puis témoigner par une centurie de ses lettres. »

Ces lettres ne nous ont malheureusement pas été conservées; mais on voit combien la nature de Rubens était affectueuse et le souvenir reconnaissant qu’il gardait des bontés que Spinola avait eues pour lui. Aussi, malgré les satisfactions que lui procurait son travail, son âme tendre lui faisait vivement sentir le vide de la grande maison, maintenant déserte, où il avait passé des jours si heureux. Son veuvage commençait à lui peser. Bien que les occasions de se remarier ne lui eussent, sans doute, pas manqué, il avait jusque-là résisté aux diverses propositions qu’on lui avait faites à cet égard. Une lettre qu’il écrivait quatre ans après (18 décembre lôSq) nous donne les motifs d’ordre tout intime qui avaient fini par le décider (i). S’adressant à Peiresc, près duquel il commence par s’excuser de son long silence, il lui parle à cœur ouvert, car il sait qu’il peut se confier à lui avec une entière franchise. « Je me suis déterminé à me remarier, lui dit-il, ne me jugeant pas encore assez vieux pour me résoudre à l’abstinence du célibat et comme, après s’être d’abord voué à la mortification, il est doux de jouir des voluptés permises, j’ai pris une femme jeune, née d’une famille honnête, mais bourgeoise, quoique tous voulussent me persuader de me fixer à la cour. Mais je craignais, en y demeurant, ce mal de l’orgueil qui d’habitude et surtout chez les femmes accompagne la noblesse. Aussi ai-je préféré une personne qui ne rougirait pas de me voir prendre mes pinceaux et, à dire vrai d’ailleurs, il m’eût paru dur de troquer le précieux trésor de ma liberté contre les embrassements d’une vieille femme. Tel est le récit de ma vie depuis l’interruption de notre correspondance. » Avec son esprit de conduite et sa prudence habituelle, Rubens, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même, a résisté aux instances de ceux qui rêvaient pour lui quelque mariage plus brillant, auquel sa haute situation lui permettait d’aspirer et qui l’eût « fixé à la cour». Il a craint, avec raison, de changer de milieu, d’aliéner son indépendance, de renoncer à ses affections et à la pratique de son art. Ce qu’il ne dit pas à Peiresc, c’est qu’avec toute sa sagesse et à son âge, il a cédé à un amour passion né en épousant à cinquantetrois ans une fillette de seize ans. Cette fillette dont la fraîcheur et la

(i) Voir plus loin le fac-similé du commencement de cette lettre.

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