CHAPITRE XVI
ses autres disciples l’avaient probablement quitté pour chercher à vivre de leur côté et obligé de s’occuper non seulement de la décoration de ^^"hitehall, mais des tableaux de la galerie d’Henri IV, il avait dû pourvoir dans une certaine mesure à leur remplacement.
En même temps que sa chère peinture, Rubens avait retrouvé ses fils, ses intimes comme Rockox et Gevaert, et tout ce qui faisait le charme de son existence. Parmi tant de sujets auxquels il s’intéressait, l’archéologie continuait à tenir la plus grande place, et sa correspondance avec ses amis de France nous renseigne fort à propos à cet égard. Peiresc venait de lui causer un grand plaisir en l’associant à une de ces joies de collectionneur auxquelles tous deux étaient si sensibles. De son domaine de Belgentier où il s’était retiré pour fuir la contagion de la peste, qui désolait alors le midi, notre célèbre érudit lui adressait à Anvers un paquet renfermant les dessins de plusieurs de ses acquisitions récentes et notamment celui d’un trépied antique très remarquable, découvert à Fréjus l’année d’avant et qui venait de lui être offert. C’était là, ainsi que le pensait Peiresc, « chatouiller » agréablement l’artiste et provoquer de sa part quelque savant commentaire sur ces diverses trouvailles. La joie de Rubens avait été très vive, et le lo août il écrit à son correspondant pour lui adresser « mille actions de grâces y. Il a fait aussitôt part de sa bonne fortune à Gevaert, et aussi « au très docte S'' Wendelin, qui par hasard se trouve en ce moment à Anvers ». Examinant tour à tour les dessins des divers objets contenus dans le précieux colis qui lui est parvenu, il insiste en particulier sur celui du fameux trépied et adresse à ce sujet à Peiresc les observations que celui-ci désirait. Au courant de la plume, il passe en revue les différentes sortes de trépieds antiques dont il signale les usages variés. Des majuscules placées en marge de la lettre se réfèrent à des croquis sommaires tracés sur une feuille à part et pour que rien ne manque à la consultation, le fils de Rubens, Albert, «qui commence à s’occuper sérieusement d’archéologie », et qui à ce titre professe une grande vénération pour Peiresc, a copié de sa main une page d’extraits des auteurs anciens où sont décrits les différents genres de trépieds. C’est là, on le voit, une façon méthodique d’apprécier les monuments de l’antiquité et que mieux que personne Rubens était à même de pratiquer puisque, en même temps que son érudition lui fournissait les textes de ses commentaires, son talent lui permettait de figurer lui-même ces
CORRESPONDANCE AVEC PEIRESC
monuments. Il félicite d’ailleurs très chaudement Peiresc à propos de l’exactitude des dessins qui lui ont été envoyés et qu’il déclare «excellents et certainement aussi parfaits que ce qui peut se faire de meilleur en ce genre ». Il souhaite donc que son ami « conserve près de lui l’habile jeune homme qui les a exécutés ». Suivant toute vraisemblance , ce jeune homme était Claude Mellan, que plus d’une fois déjà Peiresc avait employé soit en France, soit en Italie, et qui, au retour d’un voyage à Rome, venait de s’arrêter en Provence, où il avait dessiné d’après son hôte le portrait qu’il grava ensuite et dont Peiresc avait joint une reproduction à son envoi. Rubens se déclare très satisfait de ce portrait et ceux qui l’ont vu chez lui ont été également frap- portrait de nicolas-clauoe fabri de peiresc.
f % , n (Fac-similé de la gravure de CI. Mellan )
pes de sa ressemblance.
Cependant, il confesse « qu’il ne retrouve pas dans sa physionomie cet éclair d’intelligence et de grandeur qui lui paraît caractériser son génie, mais qu’il n’est assurément pas facile d’exprimer en peinture ». Écrivant peu de temps après à Pierre Dupuy (i), l’artiste lui dit toute la satisfaction que lui ont causée l’envoi de Peiresc et « ses gentillesses accoutumées ». Il lui parle aussi de la peine qu’il ressent de la mort de Spinola, mort arrivée le 25 septembre et occasionnée par les ennuis de toute sorte dont il a été abreuvé en Espagne. « Il était las de vivre, ajoute-t-il, et l’on a vu une sienne lettre écrite se portant encore bien, et qui disait : J espère que le Seigneur m’accordera la grâce de quitter la vie avec le mois de septembre et même auparavant.... J’ai perdu en sa personne un
(i) Contrairement à son habitude, cette lettre est écrite en français, parce qu’elle devait être communiquée à l’abbé de Saint-Ambroise.