CHAPITRE XVII
qu’il a faits d’Hélène, les compositions de plus en plus nombreuses qu’elle lui a inspirées sont comme un hymne de joie et de passion en l’honneur de sa compagne. Jusqu’à la fin de sa vie, il ne se lassera pas de multiplier ces images où il la pare des costumes les plus riches et les plus variés, les plus propres à faire ressortir le charme de ce visage presque enfantin, mais dont, avec les progrès de l’âge, nous pouvpns suivre dans des œuvres exquises le radieux épanouissement.
Un précieux tableau de la Pinacothèque de Munich, la Promenade au Jardin, nous les montre tous deux dans les premiers mois de leur union, au milieu du jardin attenant à leur demeure. L’artiste s’y est représenté coiffé d’un chapeau de feutre à larges bords et vêtu d’un pourpoint noir rayé de gris. A voir sa tête intelligente et fine, sa moustache fièrement retroussée, sa physionomie avenante et sa tournure toujours pleine de distinction, on le prendrait pour un jeune homme, n’étaient quelques fils d’argent qui se mêlent à sa barbe blonde. Son bras est passé sous celui d’Hélène qui, dans toute la fleur de ses seize ans, protégée contre le soleil par un ample chapeau de paille, apparaît presque de face, vermeille et délicieuse d’ingénuité. Ses cheveux aux reflets dorés, coupés en frange sur le front, à la façon d’un jeune garçon, s’échappent en boucles blondes autour de son visage. Un corsage noir laisse à découvert sa chemisette; sa jupe d’un jaune amorti est retroussée sur un dessous gris et un tablier blanc recouvre le tout. Elle tient à la main un éventail de plumes et un collier de perles fait encore ressortir la blancheur de son cou. Ainsi parée, elle se retourne à demi vers un jeune page entièrement vêtu de rouge qui la suit, la tête nue. Les deux époux se dirigent vers un portique entre les colonnes duquel, à côté des statues et des bustes qui le décorent, on entrevoit une table dressée et par terre un grand bassin où rafraîchissent quelques bouteilles. Cette construction d’architecture fantaisiste, mélange bizarre de style italien et de goût flamand, c’est le petit pavillon que le peintre s’était fait élever dans son jardin, près de son habitation, et que plus d’une fois il a reproduit dans ses peintures. Près de là, une vieille servante donne à manger à deux paons; un dindon fait la roue près de sa femelle, et un chien familier court après des dindonneaux. L’air est tiède, les lilas sont fleuris; on a sorti de leur prison d’hiver les jeunes plants d’oranger, et des tulipes aux nuances variées égaient le petit parterre. A coté, une fontaine, qu’on retrouve aussi dans maint tableau de