‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 392 sur 553 · PORTRAITS D’HÉLÈNE FOURMENT · texte numérisé non relu

PORTRAITS D’HÉLÈNE FOURMENT

Rubens, épand son eau dans un bassin. C’est sous ce portique, entourés de ces bêtes familières, avec ce ciel bleu et ces fleurs sous les yeux que les deux époux vont prendre place, toutentiers à un bonheur dont la nature en fête semble leur renvoyer le joyeux écho.

Involontairement, après qu’on s’est régalé de toutes ces gaietés, le regard va chercher, à quelques pas de là, dans cette même salle de la Pinacothèque, cette autre toile où, par une journée de printemps non moins radieuse, Rubens s’était peint sous un chèvrefeuille en fleurs, aux pieds d’Isabelle, cette épouse tendrement aimée, qui avec un si entier dévouement s’était associée à sa vie et dont, quatre années auparavant, il déplorait la perte dans la touchante lettre à Dupuy que nous avons citée. Malgré soi aussi, on songe que cette première union était mieux proportionnée et l’échange de pensées plus complet qu’il ne pouvait l’être avec cette fillette qui, sans transition, passait ainsi de la maison paternelle à une situation aussi en vue. Quel était son caractère? Avaitelle quelque culture? Quelle influence allait-elle exercer sur ce grand homme qui l’adorait? Ni les actes de sa vie, ni la correspondance de Rubens, ni les témoignages des contemporains ne nous renseignent à cet égard. En revanche, les nombreux portraits que jusqu’à sa mort l’artiste a peints d’après elle attestent éloquemment la vivacité et la persistance de l’amour dont elle fut l’objet. Il n’est guère de musée, en effet, qui ne nous offre une ou plusieurs de ces images, et la Pinacothèque elle-même n’en possède pas moins de quatre. Bien vite, en tout cas, la petite enchanteresse avait su se faire à sa nouvelle position et l’aisance parfaite avec laquelle elle porte les plus magnifiques costumes suffirait à nous en convaincre. La voici en pied, dans un de ces portraits de la Pinacothèque, parée des plus riches atours et assise, presque de face, dans un fauteuil placé sur une terrasse. Un tapis d’Orient est sous ses pieds et au-dessus de sa tête s’étend un grand rideau violet, tendu entre deux colonnes. Son accoutrement est des plus somptueux : une robe de satin noir ouverte sur une jupe en brocart de soie blanche, ornée de grands dessins d’or. Le corsage bas laisse voir la naissance de la gorge et autour des cheveux blonds, qui encadrent le visage, se dresse une haute collerette en dentelles. Sa taille est maintenant mieux prise; ses mains élégantes et fines se sont allongées. Elle a cependant l’air encore un peu étonnée de son personnage; mais le regard souriant a conservé je ne sais quelle ingénuité

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