‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 412 sur 553 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

de son foyer, l’artiste n’était pas encore délivré de la politique qui, plus d’une fois, devait le ressaisir. Il était trop en vue, on connaissait trop bien son dévouement et l’influence dont il jouissait près de l’Infante pour ne pas s’adresser à lui quand les occasions se présentaient de réclamer son assistance. Un mois à peine s’était écoulé qu’il avait à rendre compte à la princesse Isabelle d’une démarche faite secrètement auprès de lui par un gentilhomme du duc de Bouillon offrant, au nom de son maître et sous certaines garanties qui lui seraient données par la cour de Bruxelles de livrer la forteresse de Sedan à Gaston d’Orléans, à condition que celui-ci y mettrait un corps de i 200 hommes avant que le duc se déclarât en sa faveur. Aucune suite d’ailleurs ne fut donnée à cette proposition, puisque le duc de Bouillon devait bientôt après prendre du service dans l’armée hollandaise (i).

Peu de temps après, malgré son désir de rester à l’écart, Rubens allait de nouveau rentrer dans la vie politique. En lôBa, les hostilités reprises avec vigueur par Frédéric Henri s’annonçaient comme désastreuses pour l’Espagne. Après s’être emparé de Venlo, de Ruremonde et de plusieurs autres villes, le prince mettait le siège devant Maestricht dont il s’emparait bientôt après, et, ainsi que le mandait à Venise l’ambassadeur de cette République, il ne cachait pas son espérance « d’aller, cette année même, baisera Bruxelles la main de la Sérénissime Infante». Pour avoir, par ses continuelles tergiversations, manqué plus d’une fois l’occasion de traiter avec les Provinces-Unies, la cour de Madrid se voyait réduite à faire dans les circonstances les plus défavorables, une tentative d’accommodement, et la gou^•ernante des Pays-Bas avait de nouveau songé à Rubens pour cette négociation. Mais les exigences des Hollandais avaient crû a^•ec leur succès. Après deux voyages inutiles à Liège, l’artiste revenait à Bruxelles, n’avant obtenu d’autre résultat que d’exciter la jalousie des ministres étrangers résidant en Hollande. En présence d’une situation de plusen plus menaçante, Isabelle avait dû se résoudre à convoquer les Etats généraux des Flandres, ce qui n’avait pas été fait depuis plus de trente ans. Dès le début de leur réunion, ceux-ci demandaient à l’Infante l’autorisation d’entrer en rapport avec les Etats généraux de Hollande pour traiter directement avec eux et avec le prince d’Orange. Leur requête

(i) C’est à l’école de son cousin, le prince Frédéric Henri de Nassau, que le second fils d’Henri de Bouillon, Turenne, devait faire son apprentissage militaire.

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