GROSSIÈRETÉ DU DUC D’ARSCHOT ENVERS RUBENS
ayant été accueillie, une délégation de dix députés, à la tête de laquelle se trouvaient l’archevêque de Malines et le duc d’Arschot, était nommée par eux pour négocier à la Haye avec les délégués des Provinces-Unies. Isabelle, un peu inquiète des velléités d’indépendance manifestées par les députés des États généraux, avait chargé Rubens, sous prétexte de les mettre au courantdes négociations précédentes d’agir parallèlement avec euxauprès du prince d’Orange, mais dans un sens plus conforme à ses idées et à celles de son Conseil. En conséquence, le maître avait écrit le i3 décembre i632, au prince d’Orange, afin d’obtenir un passeport qui lui fut expédié le 22 décembre suivant. Cependant, le duc d’Arschot, informé de cette démarche par un avis reçu de la Haye, en conçut de l’ombrage, et, sur ses instances (i), trois membres des États généraux furent dépêchés à l’Infante pour lui adresser des remontrances au sujet de la prétention émise par Rubens de prendre part aux négociations. Isabelle s’était efforcée de les calmer en leur assurant que la mission qu’elle avait confiée à son peintre n’avait d’autre but que de renseigner exactement la députation sur les pourparlers antérieurs et que Rubens n’aurait nullement à intervenir dans le traité dont la conclusion était réservée aux États généraux. Au passage du duc d’Arschot à Anvers, Rubens, qui connaissait les mauvaises dispositions dont il était animé à son égard, n’avait pas cherché à le voir, mais il lui avait écrit pour dissiper « le ressentiment que celui-ci avait montré sur la demande de son passeport ; car, ajoutaitil, je marche de bon pied et je vous supplie de croire que je rendrai toujours bon compte de mes actes. Aussi je proteste devant Dieu que je n’ai jamais eu d’autre charge de mes supérieurs que de servir Votre Excellence », et la lettre se terminait par des formules de politesse et des assurances de dévouement. A une missive si courtoise, le duc d’Arschot répondait dans les termes les plus hautains et les plus grossiers : « qu’il eût bien pu omettre de faire à Rubens l’honneur de cette réponse, pour avoir si notablement manqué à son devoir de venir le trouver en personne, sans faire le confident à lui écrire ce billet qui est bon pour personnes égales, alors qu’il savait bien cependant où et quand il aurait pu le joindre pour lui parler ». Puis, mettant le comble à l’injure, le duc finissait par ces mots : « M’important fort peu de quel pied vous marchez et quel
(i)Gachard ; Histoire politique cl diplonulique de P. P. •T(ubens. Bruxelles, 1877, p. 247.