CHAPITRE XVIII
portraits en pied provenant de Blenheim et qui appartiennent aujourd’hui à M. le baron Alphonse de Rothschild méritent d’être cités au premier ranger ). Dans l’un d’eux, Hélène vue de trois quarts et coiffée d’une cape de velours à l’espagnole, est vêtue d’un costume en satin noir avec des crevés aux manches ornés de rubans lilas. Son corsage garni de dentelles découvre à demi sa gorge et la figure s’enlevant sur un fond d’architecture est d’un jet superbe (2). La jeune dame est plus élancée et il semble qu’elle ait grandi ; elle a pris en tout cas un air d’assurance en rapport avec sa dignité de maîtresse de maison. Ainsi parée, madame Rubens se dispose à sortir, car, au bas de l’escalier qu’elle descend, on aperçoit un carrosse attelé de deux beaux chevaux qui se pressent pour l’emmener. A côté de la colonnade de l’escalier se voit, en perspective fuyante, la façade de sa riche demeure, et plus loin une maison à pignon, toutes deux telles qu’elles sont représentées sur la gravure de Harrewyn. Un jeune garçon habillé de rouge et tenant son chapeau à la main suit Hélène. Est-ce le petit page que nous avons déjà vu avec le même costume et le même type dans la Promenade au Jardin de Munich? Ou bien, ainsi que le croit M. Max Rooses, est-ce un des fils de Rubens? Nous l’ignorons. En tout cas, pour être venus un peu tardivement, les enfants allaient bientôt se succéder assez vite. Une petite fille, l’aînée, Clara Joanna, avait été baptisée le 18 janvier lôSa dans cette église Saint-Jacques déjà consacrée pour l’artiste par tant de pieux souvenirs, et comme pour attester la bonne harmonie qui n’avait pas cessé de régner entre les familles de ses deux épouses, son parrain était Jean Brant, le père d’Isabelle, et sa marraine Clara Fourment, la mère d’Hélène. Vinrent ensuite : François Rubens, tenu sur les fonts, également à Saint-Jacques, par le marquis d’Aytona don Francesco de Moncade et par Christine du Parcq ; puis Isabelle Hélène, baptisée le 3 mai i635, et Pierre Paul, un second fils, qui eut pour parrain Philippe Rubens, le neveu de l’artiste, le i®'‘ mars 1637.
L’autre portrait de la collection de M. Alphonse de Rothschild, exécuté sans doute un peu auparavant, Rubens et sa femme guidant les premiers pas d'un de leurs enjants, est encore supérieur au premier et nous
(1) Tous deux ont été achetés au duc de Maiiborough pour la somme respectable de I 375 000 francs.
(2) La Pinacothèque de Munich possède une répétition en buste de ce portrait par Rubens.