‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 418 sur 553 · PORTRAITS D'HÉLÈNE FOURMENT · texte numérisé non relu

PORTRAITS D'HÉLÈNE FOURMENT

paraît un des chefs-d’œuvre du maître. Hélène vue de profil, cette fois, avec ses cheveux d’un blond ardent flottant autour de sa tête nue, est vêtue d’une robe de velours noir qui rehausse l’éclat de son teint. Un éventail dans la main gauche, elle soutient légèrement de la droite un délicieux baby replet et vermeil. Habillé d’une robe de toile écrue sur laquelle s’étale un large ruban bleu, l’enfant s’essaie à la marche et comme fier de son courage, il regarde en souriant sa jeune mère. Un peu à l’écart, Rubens, dans un costume très élégant, — manteau violet jeté sur un pourpoint noir à crevés blancs, culotte et bas de soie noire — contemple cette scène familière. Je ne sais quelle expression d’attendrissement se mêle à sa joie paternelle, comme s’il pressentait vaguement que ce bonheur domestique ne saurait longtemps durer. Il a, en effet, un peu vieilli, le grand artiste, et quoique un bien petit nombre d’années se soient écoulées depuis qu’il peignait la Promenade au Jardin, ses traits se sont fatigués, son visage est plus maigre, son teint s’est flétri. Entre les deux époux la différence des âges commence à s’accuser, cruelle, inexorable. Malgré tout, c’est un sentiment de sérénité, de douceur et de joie intime qui domine encore et qui s’exhale de cette belle œuvre. Autour du ménage tout parle de gaieté, de vie facile et large ; tout annonce la richesse et la distinction d’une grande existence. A côté des deux époux, sur une échappée de ciel bleu, des plantes grimpantes s’enroulent autour des piliers d’un portique; un buisson de roses escalade la muraille et parmi ses fleurs épanouies, un perroquet rouge et bleu se débat en déployant les ailes au-dessus d’une vasque où s’épand une eau jaillissante. On n’imagine pas d’image plus aimable, de couleurs plus vives et plus délicatement assorties, d’exécution plus ample et plus souple, de régal plus exquis pour des yeux d’artiste que cet admirable panneau si amoureusement brossé par Rubens dans les meilleurs jours de sa glorieuse maturité.

A côté de témoignages aussi exemplaires de sa félicité .conjugale, le peintre nous a laissé des confidences plus indiscrètes. Une des plus célèbres est le tableau du Musée de Vienne connu sous le nom de la Pelisse. Hélène y est représentée debout, sortant du bain et à demi enveloppée dans le manteau garni de fourrures qui a donné son nom à cette peinture et qui ne cache que très imparfaitement la nudité de la jeune femme. La tête blonde est tournée vers le spectateur et la physionomie indiffé-

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