CHAPITRE XVlll
conseil à l’oreille des dames hésitantes, partout empressés, remuants et indiscrets. On n’imagine pas de formes plus plaisantes, de couleurs plus \ ives et plus gaies : les femmes avec leurs robes de satin blanc, bleu pâle, jaune clair ou rose, et quelques-unes, les plus coquettes, vêtues de \elours noir pour rehausser encore l’éclat de leur teint; les hommes avec des manteaux rouges, des pourpoints bruns ou verts. Tout cela diapré, brillant, lumineux, plein de fraîcheur et à distance d’une tenue superbe, car s’il est possible de détacher de cette œuvre exquise des fragments qui copiés isolément seraient délicieux, — le groupe central, le cavalier de droite et sa jolie compagne, ou cet autre cavalier qui debout, vers la gauche, entoure de ses bras une belle à la blonde chevelure, tandis qu’un fripon d’amour aux ailes azurées les pousse effrontément l’un vers l’autre, — c’est surtout par son aspect général et par son unité parfaite que l’œuvre est magnifique. En même temps qu’une expression accomplie de la maîtrise du peintre, nous trouvons là, d’ailleurs, comme un résumé des idées qu’il se fait de la grâce et de la beauté. Sans doute, le souvenir de toutes les élégances qu’il avait rencontrées au début de sa carrière à la cour de Mantoue,ou plus récemment à Paris parmi les jolies filles qui composaient le cercle de Marie de Médicis, entrait pour une bonne part dans cet idéal. Mais si, par son talent, comme par les conditions de sa vie, Rubens est en quelque manière cosmopolite, par bien des côtés aussi il est resté très flamand et ses types un peu massifs, plus robustes que délicats, suffiraient à nous le prouver. Sans beaucoup chercher, au surplus, nous retrouverions ici, parmi les jeunes dames, bien des ressemblances avec Hélène Fourment, tantôt vagues, indiquées en quelque sorte d’instinct et comme par un hommage involontaire qu’il rend à l’objet constant de sa passion; tantôt formelles, comme chez cette jeune femme assise au premier plan et qui, le coude appuyé sur le genou de son galant, écoute d’une oreille complaisante les doux propos qu’il lui conte.
L’image, en somme, est donc restée bien flamande, et ce n’est pas ainsi que, vers cette époque, les confrères hollandais de Rubens traduisaient à leur façon ce même programme de volupté élégante et libre. Plus rudes, plus réalistes, moins scrupuleux dans le choix de leurs sujets, les Hais, les Ducq, les Palamèdes nous font assister à des spectacles plus CN iiiques dans les corps-de-garde et les mau\ ais lieux où ils se plaisent et