‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 437 sur 553 · LE JARDIN D’AMOUR · texte numérisé non relu

LE JARDIN D’AMOUR

dont ils nous ont laissé de trop fidèles images. Un siècle plus tard, en revanche, ces passe-temps amoureux, ces Conversations élégantes, comme on les appelait alors, allaient trouver chez nous des représentations plus délicates et plus raffinées, avec Watteau et ses imitateurs, Lancret et Pater. Watteau, on le sait, professait une très grande admiration pour Rubens; mais, après avoir copié quelquefois ses œuvres et s’en être beaucoup inspiré, il a su garder vis-à-vis de lui, en traitant des données pareilles, la même indépendance que Rubens avait conservée vis-à-vis de ses prédécesseurs. Le peintre de Valenciennes est, en effet, demeuré tout à fait original et bien français. Ses I^êtes galantes, son Départ pour Cythère mettent en jeu, avec plus de fantaisie, des élégances plus subtiles. Le monde où il nous introduit est un monde artificiel et de pure imagination. Désœuvrés et inutiles, ses fins muguets, si nerveux, si bien pris dans leurs vestes de satin, n’ont jamais existé. Avec des désinvoltures piquantes, ils excellent à se dresser sur leurs pointes, à gratter quelque guitare, à conter fleurettes à ces personnes pimpantes et accortes, si gentiment attifées, qui leur donnent la réplique. Les journées se passent ainsi à des flâneries sans fin, à prendre de jolies poses pour faire valoir une main effilée, à manœuvrer un éventail, à lancer des œillades, à arranger les plis d’une robe chatoyante, à se détourner à propos pour montrer un chignon bien troussé sur une nuque provocante ou la fine souplesse d’une taille bien cambrée. Nous sommes en plein dans le pays des rêves, et tous ces personnages sentent la comédie. Rubens, lui, ne perd jamais pied ; ce qu’il a à dire il le dit carrément, avec sa mâle franchise, en appuyant un peu, assez pour se faire bien comprendre, pas trop pour ne pas tomber dans la grossièreté.

La destinée du Jardin d’A mour a été assez étrange. Peint pendant les dernières années de l’artiste, le tableau était resté chez lui jusqu’à sa mort, et Hélène le racheta à ce moment à la succession. Acquis ensuite pour Philippe IV, il plut tellement à ce morose souverain qu’il le fit placer dans son alcôve. Les inventaires du Palais-Royal dans lesquels il est mentionné sous le nom du Bal (un Sarao) nous apprennent que dans cette même chambre se trouvaient exposées deux Saintes Familles de Raphaël et plusieurs autres compositions religieuses de Léonard, de Raima Vecchio et d’Andrea del Sarto. Ces sujets de dévotion formaient un singulier contraste avec le Jardin d'A mour et témoignent del’incohé-

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