CHAPITRE III
quelque compagnon de route, un de ces marchands ou de ces banquiers italiens qui possédaient à Anvers leurs comptoirs, ou bien ce Déodat del Monte avec lequel il demeura toujours très intimement lié, un artiste assez médiocre, mais que — dans une attestation très louangeuse qu’il lui délivra longtemps après (19 août 1628) — Pierre-Paul nous représente lui-même comme un homme « intègre, véridique, actif, zélé dans l’étude de la peinture et de tous les beaux-arts, probe, honnête et bienveillant », certifiant qu’il l’a suivi dans ses voyages « en diverses régions et particulièrement en Italie ».
Quel chemin avait pris Rubens ? Le cours du Rhin et la Suisse, ainsi que faisaient d’ordinaire ses compatriotes, ou bien la France, ainsi que le dit le licencié Michel, dans la biographie, fort sujette à caution, du reste, qu’il nous a laissée du maître et sans indiquer d’où il tenait ce renseignement? En tout cas, ce voyage fait à cheval et à petites journées, devait être assez long. Mais les spectacles, si nouveaux pour lui, qui se présentaient à ses regards, les villes et les pays qu’il traversait, les Alpes surtout, avec leurs imposantes perspectives, lui offraient des diversions bien faites pour l’intéresser. Cependant il avait hâte d’aboutir au terme qu’il s’était fixé, à Venise, où il se sentait plus particulièrement attiré. D’après ce que nous savons d’autres voyageurs de cette époque, il lui avait fallu, un mois environ pour y arriver, et il est certain que plus qu’aucun d’eux il avait à cœur de ménager son temps et sa bourse. Quelles que fussent les jouissances qu’il avait déjà goûtées sur sa route, la ville des lagunes devait surtout exciter son enthousiasme, avec le brillant décor de ses palais et de ses églises et l’accord heureux des œuvres de ses peintres avec la nature qui les a inspirées. Ces monuments variés, dont les silhouettes franchement découpées se détachent gracieusement sur le ciel et dont la mer vient caresser le pied, le savoureux éclat de la lumière, la richesse et la gravité des compositions d’un Titien, l’ampleur et la beauté expressive de ses portraits, l’audace et l’éloquence fougueuses des grandes toiles que Tintoret anime de son souffle puissant , la grâce triomphante qui illumine les plafonds de Véronèse, c’étaient là, pour le jeune artiste, autant de séductions irrésistibles qui le captivaient tour à tour. Mais il n’était pas homme à vivre en désœuvré au milieu de ces splendeurs. Actif comme il l’était, il voulait non seulement beaucoup voir, mais beaucoup étudier, approcher