RUBENS AU SERVICE DU DUC DE MANTOUE
de plus près ces glorieux modèles, surprendre le secret de leur charme ou de leur force. Ces grands coloristes, ces peintres privilégiés de la lumière et de la vie étaient des artistes selon son cœur; à leur contact, bien des aspirations, autrefois confuses, se réveillaient en lui pour prendre une forme plus précise.
Les dessins ou les copies qu’il fit alors d’après ces maîtres, et mieux encore, peut-être, les réminiscences nombreuses que nous retrouvons de leurs œuvres dans les siennes, attestent l’influence qu’ils exercèrent sur Rubens et le profit certain qu’il tira de leur commerce. Heureux des enseignements qu’il leur devait, ses journées s’écoulaient dans leur étude assidue, et il semble que longtemps encore il aurait pu s’absorber dans ce travail, quand une rencontre assez imprévue vint modifier ses projets et lui procurer une situation qui, en le fixant en Italie, devait prolonger bien au delà de ses desseins le séjour qu’il voulait y faire. Le duc de Mantoue, Vincent de Gonzague, se trouvait, à ce moment, de passage à Venise, où il ne demeura que peu de jours ; arrivé un peu avant le i5 juillet ï6oo, il en repartait, en effet, peu après le 22 de ce mois. Dans cet intervalle, Rubens, ayant lié connaissance avec un gentilhomme qui faisait partie de la maison du prince, avait eu l’occasion de lui montrer quelques-unes de ses peintures, soit qu’il les eût apportées d’Anvers, soit qu’il les eût déjà exécutées depuis qu’il était à Venise. Frappé de l’habileté de ces ouvrages, le gentilhomme en avait parié à son maître qui, séduit lui-même par le talent du jeune artiste, et sans doute aussi par sa bonne grâce, l’avait engagé à son service. Comme pendant près de huit années Rubens devait rester attaché à sa cour, il est nécessaire que nous fassions plus ample connaissance avec cet étrange personnage.
Né le 2 septembre i562, Vincent I®*" était alors âgé de vingt-huit ans. Après son divorce avec Marguerite Farnèse, il avait, en iSSq, épousé en secondes noces, Léonore, fille du duc François de Médicis, femme 'distinguée, dont la patiente douceur et la dignité furent plus d’une fois mises à de rudes épreuves par ce mari aussi ardent que volage. Trois ans après, en i58y, Vincent succédait à Guillaume de Gonzague, son père, et, à peine arrivé au pouvoir, il s’abandonnait sans contrainte à tous les entraînements de sa fougueuse nature. Impétueux, changeant à chaque instant de caprices, il alliait les pratiques d’une extrême dévotion aux excès de la vie la plus déréglée. Protecteur des savants, des lettrés et