CHAPITRE XIX
jamais départi de ces sentiments d’équité qui furent toujours la règle de ses actions. Quand, dans l’année qui suivit son mariage, il faisait avec sa jeune épouse certifier par le notaire T. Guyot le testament dans lequel ils assuraient mutuellement à celui des deux qui survivrait à l’autre des avantages en rapport avec la dignité de leur existence, Rubens ^■eillait à ce que les droits des deux fils nés de son premier mariage fussent scrupuleusement respectés. L’affection qu’il leur portait était toujours restée aussi tendre et, de près comme de loin, ainsi que le prouve la lettre qu’il écrivait à ce propos de Madrid à Gevaert, il s’occupait avec la plus grande sollicitude de leur éducation. Albert, l’aîné, était un garçon doux et appliqué, qui avait fait d’excellentes études classiques et il montrait, comme son père, un goût très marqué pour l’archéologie. Rubens a\ait si bien profité lui-même de son séjour en Italie qu’il voulut aussi lui procurer le bénéfice de ce pèlerinage au delà des Alpes qui semblait alors le complément naturel de toute éducation distinguée. Peut-être aussi se trouvait-il un peu gêné dans l’expression des sentiments passionnés qu’il témoignait à Hélène par la présence sous le même toit de ce grand fils qui, à peine plus âgé qu’elle de deux mois, rendait plus sensible encore la disproportion du mariage de son père. Quoi qu’il en fût, l’artiste comptait encore, en Italie et sur la route, assez d’amis auxquels il pouvait recommander le jeune voyageur. Il n’avait pas manqué de l’adresser à Peiresc, certain à l’avance de l’accueil qui lui serait fait et de l’avantage qu’il y aurait pour son fils à connaître un homme si aimable et si instruit. Mais, soit timidité, soit pour toute autre raison, Albert s’était dispensé de cette visite annoncée, « bien qu’il fût assez près de ma résidence », ainsi que Peiresc l’écrivait plus tard à Dupuy, tout en excusant le jeune homme, avec sa bonté habituelle, d’un procédé si peu courtois.
Avant désormais quelque répit du côté de la politique, Rubens s’était remis assidûment au travail. Les commandes de tableaux qui s’étaient un peu ralenties pendant ses absences affluaient de nouveau. Il était, et de beaucoup, le plus en vue de tous les artistes d’Anvers, et van Dyck qui, sans atteindre jamais la même renommée, aurait pu cependant contrebalancer sa réputation s’était, depuis la fin de mars 1682, établi en .\ngleterre, d’où il ne devait plus revenir que pour faire de courts séjours dans sa patrie. 11 n’avait jamais cessé, d’ailleurs, d’entretenir les rapports
XXXVI. — Elude pour le « Jardin d’ Amour » du Musée du Prado.
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