‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 441 sur 553 · LA MONTÉE AU CALVAIRE · texte numérisé non relu

LA MONTÉE AU CALVAIRE

les plus affectueux avec son ancien patron qui, de son côté, ne négligeait aucune occasion de montrer le cas qu’il faisait de son talent. Quant aux autres peintres, ils étaient pour la plupart les obligés de Rubens et forcés de reconnaître son incontestable supériorité, ils avaient tout intérêt à se concilier une bienveillance dont ils connaissaient les heureux effets.

Parmi les travaux dont le maître fut alors chargé, les plus importants étaient, ainsi que d’habitude, des tableaux destinés à la décoration des églises. Dans la plupart d’entre eux on retrouve cet amour du mouvement et surtout ces gaietés de palette que nous ont montrées les Fêtes de la Chair, peintes à la même époque. L’épisode de la Montée au Calvaire comportait, il est vrai, l’animation que l’artiste lui a donnée. Il en avait reçu en lôSq la commande pour l’abbaye d’Afflighem, moyennant le prix de I 600 florins, mais, ainsi que nous l’apprend une chronique manuscrite de ce monastère, le tableau exécuté « par le très noble pinceau de Rubens, cet Apelles de notre siècle », ne fut placé que le 8 avril lôSy sur le maître-autel de cette église. C’était là un sujet bien fait pour plaire au peintre, en rapport à la fois avec son tempérament et avec ses goûts. Escorté par la populace à laquelle se sont mêlées quelques saintes femmes et pressé par ses bourreaux, le Christ en gravissant les pentes abruptes du Golgotha, vient de s’affaisser sous la croix. Autour de lui, dans cette foule tumultueuse et frémissante, tous les sentiments sont représentés, les plus tendres comme les plus grossiers. Mais à côté de ces contrastes prescrits par le caractère même de la donnée que l’artiste avait à traiter, une autre opposition, celle-là bien imprévue, semble faite pour déconcerter le spectateur. Au lieu des tons assombris et des harmonies désolées auxquels il devrait s’attendre, ce ne sont partout que colorations aimables et riantes. Enfants aux visages vermeils, femmes aux blondes chevelures et aux fraîches carnations, croupes grises et blanches des chevaux échelonnés sur la rude montée, cuirasses et casques reluisant au soleil, étendard d’un rose vineux flottant sur le ciel bleuâtre, tout cela forme un ensemble plutôt gracieux que triste, peu d’accord avec le pathétique de la scène et un peu troublant pour celui qui, ainsi que le dit Paul Mantz, cherche dans cette œuvre « éclatante un cri de douleur et ne l’y trouve pas ». Involontaire ou voulue, il va dans cette indifférence complète de la nature une contradiction qui, si elle n’est que trop souvent

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