TESTAMENT DE RUBENS
d’acquêts qui lui reviennent suivant les droits ou usages de cette ville et selon le contrat de mariage passé le 4 décembre i63o et le privilège concernant les meubles qui reviennent à l’épouse légitime, d’après les droits et usages de cette ville. Donnant, léguant et délaissant le reste à Albert et Nicolas Rubens, ses fils du premier lit, et aux enfants nés ou à naître (i), par la grâce de Dieu, de son présent mariage, pour être acceptés et partagés également entre eux et son épouse légitime, après en avoir fait un état et inventaire convenables, sans qu’aucun des enfants puisse être avantagé en aucune façon.... Retenant que les enfants du premier lit pourront accepter et conserver la moitié de la Maison et Seigneurie de Steen, avec les terres, bois et prés en dépendant,... en indemnisant pour cette moitié les héritiers communs de 5o 000 florins une fois payés,... la dame testatrice devant en garder l’autre moitié en toute propriété. »
Les joyaux d’or, d’argent, les diamants et autres pierres précieuses faisant partie de la succession devront être prisés par des personnes compétentes pour être divisés en autant de lots qu’il y aura d’héritiers et
tirés ensuite au sort « Pour ce qui concerne les tableaux, statues et
autres œuvres d’art, ils devront être vendus en temps et lieu favorables, publiquement ou de la main à la main, de la manière la plus avantageuse, et cela sur l’avis des peintres François Snyders, Jean Wildens elle susnommé Jacques Moermans, excepté les portraits des deux épouses légitimes du testateur et les siens y correspondant, qu’il désire voir suivre leurs enfants respectifs, et la peinture dite la Pelisse qu’il donne à sa présente épouse, sans que le montant en soit porté à l’actif de la succession. Et en excepte également tous les dessins qu’il a réunis ou faits lui-même, qu’il ordonne de garder au profit d’un de ses fils qui voudrait s’appliquer à l’art de la peinture, ou, à son défaut, à l’une de ses filles qui viendrait à épouser un artiste peintre réputé, et cela jusqu’au moment où le plus jeune de ses enfants aura atteint l’âge de dix-huit ans; et dans le cas où ni l’une ni l’autre de ces hypothèses ne se réaliserait, les dessins devraient être vendus et le prix de la vente partagé comme les autres biens. »
Les dispositions qui suivent sont relatives au cas où Hélène mourrait (1) Cette dernière disposition visait l'enfant dont Hélène était enceinte à ce moment.
la première. Tout avait donc été prévu dans cette longue pièce rédigée avec le soin le plus minutieux afin de ne laisser aucune place à des contestations possibles, et il n’avait pas fallu moins que l’énergie héroïque de Rubens pour suffire, épuisé comme il l’était, à la fatigue d’une pareille formalité. A cette date du 27 mai, en effet, le grand artiste n’avait plus que trois jours à vivre. 11 est probable que, dans la crise qui devait l’emporter, l’une de ses jambes s’était ouverte, car, dans les comptes de tutelle qu’Hélène rendit le 7 novembre lôqS, nous voyons figurer les honoraires payés aux docteurs Lazarus et Spinola et à MM. Henri et Daepe, barbiers, « pour soins donnés aux pieds du défunt ». Le bruit de la gravité de la maladie de Rubens s’était répandu à Bruxelles, et, le 3i mai, Gerbier, qui s’y trouvait à ce moment, mandait à Londres à un sieur Murray que son état était désespéré et que les médecins les plus réputés avaient été envoyés de Bruxelles, peut-être par l’archiduc, pour essayer de le soulager. Mais toute leur science devait être inutile, et, alors que Gerbier écri\ ait cette lettre, Rubens était déjà mort depuis la veille, 'le 3o mai à midi, âgé de soixante-quatre ans moins un mois. Dès le soir même de ce jour, suivant la coutume du temps, son corps était porté à l’église Saint-Jacques, pour y être pro\’isoirement déposé dans le caveau funéraire de la famille Fourment.
TÊTE A LA l'LU.ME.
(Fac-similé d'un Dessin de la collection du Louvre.)
RAi’T D1-: (i- ragmknt).
(*Musée du Prado.)