CHAPITRE XXII
Rooses II), à peine peut-on citer, dans le Protée d’Anvers d’Alexandre van Fornenbergh, le vers consacré à Rubens et dans lequel il se déclare impuissant à chanter ses louanges. « Autant vaudrait, dit-il, essayer d’égaler avec un noir charbon les rayons d’or du soleil ». Mais, à défaut de témoignages publics, les comptes de tutelle rendus en lôqS par Hélène Fourment nous fournissent de curieux détails sur les funérailles de Rubens, détails caractéristiques pour cette époque et dont quelques-uns avaient été prescrits par le maître lui-même. La pompe et la magnificence de ces funérailles, qui eurent lieu le 2 juin 1640, trois jours après sa mort, prouvent du moins que sa famille n’avait rien épargné pour lui rendre des honneurs dignes de lui. Cercueil en bois orné d’incrustations, cierges et flambeaux garnis de croix de satin, tenture de l’église entière avec des draperies ornées des armoiries du défunt et six rapières de deuil préparées par l’armurier Henri Nys, fournitures d’éventails, de gants, de capes, de manteaux et de vêtements complets à tous les serviteurs et à un grand nombre des invités, service solennel de première classe avec sonnerie des cloches à toute volée, chants du Miserere et du Dies Irœ par la maîtrise de la cathédrale, assistance de toutes les corporations d’Anvers, de membres du clergé et de représentants des divers ordres religieux : Prêcheurs, Augustins, Minimes, Capucins, Déchaux, Pères de Notre-Dame, Mineurs, etc., rien ne manquait à l’éclat de cette solennité (2). A l’issue de la cérémonie, d’après les ordres mêmes de Rubens, quatre repas funéraires avaient été servis: l’un, à la maison mortuaire pour les parents et les amis; un autre, à l’hôtel de ville pour les messieurs du Magistrat, le trésorier de la ville et quelques autres personnages priés; un troisième à l’auberge du Souci d’Or pour la confrérie des Romanistes dont Rubens avait été un des dignitaires les plus zélés ; enfin, le quatrième à l’auberge du Cerf pour les membres de la Gilde de Saint-Luc et de la Société du Violier, formant un total de trente-quatre convives. L’hôtelier des Armes de France avait, de son côté, reçu une somme de 26 florins pour fourniture de ce vin d’Av, que goûtait fort le défunt. En outre, on avait servi à manger aux R. P. Capu-
1) Mjlerschiile Aiitiverpens, p. 252
(2) Nous empruntons la plupart de ces détails et ceu.x qui concernent le partage de la succession de Rubens au précieux recueil de M. Génard -.Anteekeningen over deu grooten Meesier, Anvers, 1R77, in-4°.