COLLECTIONS DU DUC DE MANTOUE
que son propre tempérament, ii faut le reconnaître, le portait lui-même vers cet art abondant, pompeux, plus préoccupé d’éclat et de force que de mesure et de perfection. Ce n’étaient pas seulement les affinités de nature et le prestige de cette existence si bien remplie qui faisaient de
Jules Romain un modèle dont Rubens aspirait à suivre les traces. Pierre-Paul retrouvait aussi chez le disciple de Raphaël bien des goûts pareils aux siens, surtout cette passion pour l’antiquité dont il était animé lui-même et qui exerçait sur son esprit une véritable fascination. Son séjour à Mantoue ne pouvait que la développer encore en lui. La collection de statues, de bustes, de bas-reliefs et de pierres gravées que de bonne heure les Gonzague s’étaient appliqués à réunir, accrue par les achats que le sculpteur Cristoforo Romano avait faits pour Isabelle d’Este, s’était encore grossie de celle qu’avait formée Mantegna luimême, et qu’à sa mort ses fils avaient dû céder, afin de subvenir aux dépenses de la chapelle érigée par eux dans l’église Saint-André, à la mémoire de leur père. On admirait donc au Palais ducal un grand nombre d’ouvrages d’une beauté accomplie, et malgré la dispersion de toutes ces richesses, lors du pillage de i63o, la ville de Mantoue a conservé jusqu’à nos jours quelques épaves de cette précieuse collection. En parcourant les deux salles du « Museo Civico », où elles sont exposées, on peut même reconnaître, au passage, plusieurs objets antiques, sarcophages, autels, bas-reliefs, et même des figures dont le maître flamand s’est plus tard inspiré à l’exemple de Mantegna et de Jules Romain. Rubens commençait, d’ailleurs, en dépit de la modicité de ses ressources, à acquérir pour lui-même des bustes, des gemmes et des médailles, premier noyau d’une collection qu’il ne cessa jamais d’augmenter et qui devait, avec le temps, faire son orgueil et sa joie.
La galerie des peintures du Palais Ducal n’était pas moins réputée que celle des sculptures. Sans compter bon nombre de toiles célèbres, aujourd’hui disséminées dans les Musées de l’Europe, quelques-uns de nos tableaux du Louvre qui y figuraient alors avaient été commandés directement aux artistes eux-mêmes par Isabelle d’Este (i). L’aimable et intelligente princesse que l’Arioste nous représente comme éprise de toutes les nobles études, « di bei studi arnica », avait même tracé le programme
(0 Voir à ce propos les consciencieuses et intéressantes études publiée^ par M. Ch. Yriarte dans la Gaieite des Beaux-Arts, de i8g5 à 1898.