‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 52 sur 553 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

simplicité touchante, il dédie à Louis II, « le prince excellent » et à « l’illustre Barbe, son incomparable épouse, la gloire de son sexe, ce modeste ouvrage achevé en leur honneur ».

Mais les précurseurs de la Renaissance étaient, au commencement du xviC siècle, fort peu goûtés par les artistes. Rebutés par leurs timides gaucheries ou par l’âpreté puissante de leur style, ceux-ci n’appréciaient guère les qualités expressives que nous sommes aujourd’hui portés à exalter en eux. Rubens, sous ce rapport, était bien de son temps. Ni Masaccio, ni Pérugin, ni Ghirlandajo, ni Signorelli, ne paraissent avoir attiré son attention et dans les nombreuses copies qu’il a faites d’après les maîtres italiens, si Mantegna, seul parmi les primitifs, a trouvé grâce à ses yeux, c’est la passion du jeune artiste pour l’antiquité et son désir de la mieux connaître qui l’inclinaient vers lui. Intelligent comme il l’était, il ne pouvait manquer d’être frappé par cette intuition pénétrante du passé qui, bien qu’elle ne s’exerçât que sur des éléments d’information assez rares, permettait â son illustre devancier de reconstituer les costumes, les scènes et la vie même de l’antiquité avec une étonnante’ ^•raisemblance. Ce n’est cependant pas en Italie, mais beaucoup plus tard, nous le verrons, et pendant son séjour en Angleterre, que Rubens a copié les fragments du Triomphe de Jules César exécuté par Mantegna pour le palais de Saint-Sébastien, à Mantoue.

Mais si Rubens se sentait peu porté vers les maîtres primitifs, il n’avait pas à se forcer, au contraire, pour aller de lui-même à un autre artiste qui, vers le déclin de la Renaissance, avait aussi tenu une place importante â la cour des Gonzague. Appelé à Mantoue dès l’âge de vingt-cinq ans, Jules Romain v avait passé le restant de sa vie. Les travaux de toute nature auxquels il avait présidé étaient si considérables que le marquis Frédéric, qui, grâce à l’entremise de B. Castiglione, l’avait attaché à son service, allait jusqu’à dire que « Giulio était encore plus le maître (padrone) de la cité que lui-même». Assainissement de la contrée, construction de digues, de palais, d’églises et de monuments de toute espèce dont la décoration lui était également confiée, éducation des nombreux collaborateurs qui lui étaient nécessaires pour suffire à tant de tâches, tels étaient les soins commis à son activité. Ces aptitudes multiples et cette fécondité d’invention étaient de nature à exciter l’admiration de Rubens et à exercer sur lui une influence d’autant plus grande

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